La qualité de CHEVALIER et les AMIEL qui en sont pourvus :
Dans une revue pour l'éducation (Pratiques n° 69 à 72) on se sert d'un "chevalier Amiel" pour évoquer cette condition noble du moyen-âge. Et il y eut dans l'histoire de la féodalité plusieurs chevaliers authentiques de ce nom; sans tous les citer, on peut dire que la plupart des fils de la noblesse ont été adoubés au grade de chevalier après avoir été damoiseaux puis écuyers et avant d'acquérir leur titre de noblesse effectif; par ex. le chevalier Amiel d'Agoult ou Amiel de Malval, des nobles provençaux, ou encore le chevalier Amiel Gassoli, de St Maximin. On pouvait aussi être chevalier d'un ordre religieux et militaire (de nos jours d'une manière honorifique) comme par ex. chevalier de Malte : en 1183 le chevalier de Malte Amiel du Falgar vient à Toulouse, pour s'humilier devant le Prieur de l'Ordre et ses frères hospitaliers. On peut aussi indiquer que pendant la période troublée de l'hérésie cathare le très connu Amiel Aicart, cet hérétique que l'on dit avoir été non seulement parfait mais encore évêque cathare, aurait été aussi un chevalier, l'un de ces chevaliers dit "faydits" ne voulant pas courber la tête ni devant l'église ni devant le roi et abandonner les nobles valeurs occitanes, défendant leurs terres comme leur population.
AMELIUS DE RANCON et AMELIUS DE MONTCOCU à l'origine de l' ABBAYE DE GRANDMONT à Muret (87) :
Vers 1076 dans un bois de Muret, localité à "une journée de marche" (20 km) de Limoges, au pied des Monts d'Ambazac, près de Montcocu, un nommé Etienne s'installe pour vivre en ermite et quelques années plus tard, entre 1080 et 1094 un des seigneurs de ce terroir nommé Amelius de Rancon donne le droit qu'il y possédait ainsi que la terre du bois et un étang proche. Cette reconnaissance étant sans doute nécessaire pour l'installation d'un oratoire construit par ledit ermite; ce modeste bâtiment sera l'origine non seulement d'une abbaye, celle de Grandmont qui s'établira à quelques lieues de là, mais aussi d'un grand ordre religieux. Sous l'impulsion de cet Amiel les seigneurs du Chabanais achetèrent des domaines autour de ce lieu où les moines construisirent une collégiale pour abriter le corps de St Junien et tirer des bénéfices des pèlerins qui venaient le prier. Vers 1124-1125 le fils de cet Amelius nommé dans les textes Amelius de Montcocu, seigneur de Rancon, désirant étendre le domaine abbatial, complètera la donation originelle de son père en offrant les "Ortilles de Muret", sans doute un ensemble de petits jardins arrosés par un ruisseau, coulant depuis une fontaine au fond d'une combe, et encore le reste du bois dudit Muret avec droit d'usage. Un mot sur ce curieux nom de Montcocu : Il s'agit de Mont-Cuq, ce qui représente une tautologie car 'Cuc' dans les bases des langues indo-européennes désigne déjà un lieu élevé, un mont. Amiel de Montcocu sera cité un peu plus tard dans le cartulaire d'Aureil en 1175 et l'on sait qu'il fit construire sur son fief de Montcocu un château (dont il ne reste rien); ce lieu à ne pas confondre avec la petite ville de Montcuq (Lot) est situé de nos jours à Flavignac (87) mais il ne s'appelle plus ainsi, l'administration lui a préféré le nom plus agréable à l'oreille de Montrosier !
Dans une dépendance grandmontaine, celle du monastère de Font-Creuse, en Poitou (16) on connait un procureur en 1189 du nom d'Amelius de la Croisille (Crouzille) cité lors de la canonisation d'Etienne de Muret le fondateur (cf. Vita Stephani ch. XLV).
L'ordre de Grandmont fut un ordre d'ermites vivant non plus isolés individuellement mais en communautés; un ordre qui traversera en se développant tout l'ancien régime puisqu'il ne disparaîtra qu'en 1788 suite à une réforme qui n'aboutit pas.
PIERRE AMIEL DE CONGOUST (11) :
Avec le comte de Carcassonne Amelius ce personnage est l'un des plus anciens cités dans la région pour les chartes du Xème S. Son nom apparaît dans un serment de fidélité de la famille noble des Aniort (possessionnés dans la Haute-Vallée de l'Aude) au vicomte de Béziers pour leurs châteaux d'Aniort, Belfort & Castelpor daté de 976. Le sur-nom de Congoust fait référence au territoire d'une petite vallée (actuellement Gorges de Congoust) située au sud immédiat de la Montagne d'Alaric, la bordure nord du Massif des Corbières. Remarquons que proche, voire dans ce territoire se trouvait anciennement avant un Bois d'Amiel (voir toponymie Aude, Pech de la Balfrège).
(=> pour partie "Cartulaire des Trencavel 957-1214" J. Dovetto, Conférenciers de la Cité de Carcassonne 1997).
Les AMELIUS dans les Chartes de l'Abbaye de LAGRASSE (11) :
Entre 1117 & 1279 soit sur près de 2 siècles voici ces noms :
- "Amelius, filius Raimundi Sancti Martini" soit Amiel, fils de Raymond de St Martin (des Puits sans doute, localité proche), cette appellation traduit bien, d'une part la non utilisation encore de ce qui deviendra le patronyme (c'est ici la simple indication du lieu d'origine de cette lignée, St Martin), d'autre part la redécouverte - la nécessité de préciser ( ici de quel Amelius on veut parler) commence à nouveau à s'en faire sentir - du modèle gentilice romain (Amiel fils de Raymond); il n'y a pas encore non plus l'utilisation de la préposition 'de' qui deviendra la particule de beaucoup de nobles par la suite mais qui servira au début à remplacer l'origine toponymique de l'individu et de ses parents.
- "Amelius de Auriaco" soit d'Auriac, village des Corbières centrales, il s'agit ici du premier seigneur de Lapalme (Corbières maritimes) à la fin du XIIIème S.
- "Amelius de Circio" (?, peut-être le seigneur de Lissac, lieu dont l'église était dédiée à St Quirq en latin Circio, 09 voir ce nom)
- "Amelius Ferreol" ou Ferreolus" nom d'une vieille famille narbonnaise d'origine gallo-romaine apparentée autant aux grands serviteurs de l'Empire Romain finissant qu'aux premières lignées franques. Le patronyme Ferréol ou Ferriol est toujours courant.
- "Aimelius Pagesus" petit retour orthographique dans l'une des origines de notre nom, grecque en l'ocurrence par Aimelius suivi de l'appellation de 'paysan' un qualificatif de sa condition qui sera utilisé avec tant d'autres (professions ou caractères divers distinctifs) comme patronymes 'parlants'. Le patronyme Pagès est toujours porté en Languedoc.
- 'Amelius de Palaïraco" soit de Palairac (village des Corbières centrales) par ailleurs voisin immédiat de celui de Quintillan où se trouve le "Col d'Amiel" qui les sépare ainsi que deux autres toponymes liés (Bergerie & Source Amiel), toponymes sans doute plus récents toutefois.
- 'Arnaldus Amelius" possible bourgeois de Toulouse, il est témoin du comte Raymond en 1247. Il est peut-être aussi lié aux Amiel, famille de marchands qui a donné plusieurs capitouls à cette ville (voir Amiel de Tréville).
FAMILLE AMIEL DE PENNE (Penne-d'Albigeois 81) :
-1a- Il faut dire que le nom Amiel, avec quelques autres fut très fréquemment utilisé chez ces seigneurs, le plus ancien trouvé ayant vécu entre 1059 et 1072. Par un acte de 1150 dont je parle ci-après et par un acte ultérieur de 1198 les premiers rencontrés paraissent être les fils de Raymond Amiel (père) ainsi qu'un Olivier : En 1139 Raimond Amiel et son frère Olivier ont hommagé leur château de Penne; Amiel avait des droits notamment sur la Combe des Ablis qu'il donna aux moines de Septfonds en 1143, domaine qui passera ensuite au temple de Vaour, très lié aux Amiel de Penne, à qui seront cédées aussi par lui les terres de Coguzac, près de Roussergues, en 1182; un autre Amiel nommé Amiel Sans dont on ne sait s'il fut de sa famille mais on peut le supposer, avait lui aussi des droits sur ce domaine en ce temps-là. Bien entendu il ne faut pas confondre ce Raimond Amiel avec son homonyme qui vivait à la fin du même siècle.
-1b- Le Cartulaire de Vaour (commanderie templière proche) parle évidemment des mêmes : En 1181 la fille de Maitre Amiel (Raymond encore) réclame des dîmes sur St Pantaléon et en 1183 P(ierre?) Amiel donne ses dîmes et le fief de St Julien. (cf. "Les seigneurs de Penne aux XI & XIIèmes S." in Revue du Tarn 1908). Les noms Amiel y sont diversement orthographiés Amiel (le plus souvent) mais aussi Amel, Ameil, voire Amil. Cette Commanderie Templière de Vaour fut l'œuvre des Amiel de Penne qui en furent les plus importants bienfaiteurs non seulement par leur dons importants de terres ou de droits féodaux, mais aussi en participant à ses "avantages spirituels" comme "frères donnés" (cf. article sur le troubadour ci-après). Leur nom peut encore prendre la forme Ameill : Adémar Ameill dans un acte de 1199; donation de la veuve d'Amiell Vassal en 1200; Ameill de Belfort en 1240 (cf. "Cartulaire des Templiers de Vaour" Ch. Portal & E. Cabié; Nouguiès, Albi, 1894).
-2- C'est donc une vieille famille bien connue au moyen-âge, attestée déjà au milieu du XIème S. et surtout entre les XII et XVèmes S., beaucoup de ses membres portent dans leur nomination ce 'signe' distinctif familial Amiel, et le géopatronyme 'de Penne' localisant leur fief d'origine. Une transaction passée entre le seigneur de la bastide de Penne et ses vassaux en 1312 indique que ce village en tant que bastide fut constitué sous Louis IX, sur un territoire qui appartenait à un Amiel de Belfort. Bien avant, la vente du 'Moulin de l'Auriole' en 1150 nous apprend dans l'acte la consignant, les noms de ceux qui garantissent l'opération: "Amiel de Penne", le seigneur en titre, qui est le 1er cité, suivi immédiatement des noms de Amiel Audiguier et Raymond Amiel. La place qui est donné à ces deux derniers par rapport aux autres signataires qui les suivent, est significative de leur rang social; ils ne peuvent être que d'un rang élevé, supérieur à celui de simple chevalier. On remarquera également qu'en ce qui concerne proprement leurs noms, ceux-ci ne sont pas formés de la même façon. Le retour à des principes antiques va être long. Pourtant il devient plus que nécessaire de préciser les noms lorsqu'on les écrit, l'usage du simple nom de baptême, répété souvent à l'envie, (il y eut à ce sujet autant de modes que de nos jours!) ne suffit plus pour 'marquer' les individus, autant dans les textes que dans la vie courante; et on balbutie encore pour déterminer la meilleure technique. Pour ce qui concerne le nom seigneurial on ne peut faire plus simple: nom individuel + géopatronyme du fief principal d'origine; pour les noms des suivants on voit que "Amiel" peut occuper autant la position de nom de baptême (ce qu'il est alors encore) que celle de (futur) nom patronymique.
-3- Pons Ameil de Caussac (de la parentèle de ces Amiel sans doute) est témoin d'un échange entre deux frères de Penne et Alfonse (sic) comte de Poitiers et de Toulouse en Juin 1251 (le Languedoc ayant subi entre temps l'horrible Croisade contre les Cathares dut, malgré elle, devenir française); cet échange concerne leur château de Laguépie (près de Penne) et l'albergement de celui de Belfort (région de Cahors). L'un de ces frères est Olivier de Penne: cette nomination nous indique qu'il n'est sans doute pas l'aîné, n'ayant pas le qualificatif marqueur de la famille 'Amiel', réservé à l'aîné héritant des droits sur le fief principal d'origine. Mais il va néanmoins pouvoir l'attribuer à son fils (aîné) qu'il appellera Raymond Amiel de Penne. Ce dernier sera chevalier et seigneur des fiefs familiaux de Laguépie et Cestayrols (fiefs acquis dans le siècle 1150-1250 et attribués aux branches non principales). Selon le Trésor des Chartes de Toulouse cet Amiel vendit au moins deux biens au roi de France en 1281 & 1283 (Grésignac, Bois de la Grésigne de nos jours?, et la 4ème partie de Cazals, sans doute près de leur château de Belfort). Témoin d'un acte de vente de droits dans la forêt de Talmont en 1285, on le retrouve en Janvier 1294, nommé Ambassadeur par Raoul de Clermont, Connétable de France, pour aller signifier à Jean de St Jean, Lieutenant du roi d'Angleterre en Aquitaine, la saisie de ce Duché et le sommer de le remettre au roi de France. Cette mission fut effectuée le 18 Janvier 1294 sans succès (rèf. Hist. Génér. Lang. T. IV p.47 & 79). Bien que l'on voit ainsi les De Penne passer comme la plupart des seigneurs dans l'orbite française, on doit noter un Matfre Amiel de Penne qui verra ses biens confisqués pour hérésie en ce début du XIVème S. alors que le catharisme se meurt. Raymond Amiel de Penne fut l'un des trois héritiers de leur oncle Dieudonné de Barasc, par testament, lequel fonde par le même moyen un couvent de religieuses de l'Ordre de Citeaux au lieu de Lissac (dont une famille Amiel sera aussi seigneuressse, parente? voir Lissac). Il mourut nous dit-on à un âge avancé (pour l'époque) son testament date de 1340, après avoir été un occitan bon français : Il fut à la tête d'une compagnie de l'armée du duc de Normandie, se trouva au siège d'Aiguillon (levé en Août 1346) puis enfin à l'armée de Gascogne, c'était alors le début de la Guerre de Cent Ans.
-4- Bernard Amiel de Penne est son héritier universel et plus tard son arrière-petite-fille se mariera en 1407 avec Bernard Amiel de Villemur, chevalier, dont la famille originaire de Villemur dans le Tarn, se liera familialement avec les Amiel de Pailhès (09, voir ce nom) et en héritera le nom comme les titres et biens (dont la seigneurie de St-Paul-de-Jarrat (09), dépouilles de la splendeur de cette famille ariégeoise d'avant la trop triste Croisade). On connait son sceau: un écu écartelé en 4 parties, en 1 & 4 de trois pals, en 2 & 3 d'un lion et pour cimier un lion dans un vol banneret; ce sceau est encore appendu à une quittance de chevalier banneret français (le chevalier banneret commande les simples chevaliers et porte la bannière) de 1426. Son successeur nommé Raymond Amiel de Penne sera seigneur de Cestayrols et, sur cette commune, de Perrailles, c'est ce qui est indiqué dans un acte de 1414 (Fonds Favarel, n°119, f° 299); il est encore qualifié de miles et dominus (chevalier et seigneur) de Cestayrols dans un acte de 1430 (idem, n°141 f° 91). Le suivant de la lignée nommé Bernard Amiel de Penne, chevalier baron de Cestayrols en partie, substitua en 1437 ses biens à Jean de Villemur son petit-neveu en faveur de son mariage avec Bonne de Gourdon sous la condition que Jean et sa postérité porteraient désormais les armes de Penne; les Amiel de Villemur seront encore présents au milieu du XVème S : Bernard Amiel de Villemur mort avant 1442, est seigneur de St Paul de Jarrat et de Pailhès; il avait épousé avant 1404 Blanche de Grailly, bâtarde de Béarn, sœur légitimée du comte de Foix, Jean de Grailly. La sœur du dernier Bernard Amiel de Penne, Cécile, deviendra Comtesse de Bruniquel. Voilà une branche des de Penne éteinte. Un autre arrière-petit-fils du Bernard Amiel qui débute ce § fut un autre Raymond Amiel de Penne (II) chevalier, seigneur de Cestayrols en partie. Ce dernier est présent en 1421 et 1426 à deux hommages rendus au comte d'Armagnac comme comte de Rodez, son testament fait en 1435 comporte l'obligation (habituelle alors) de célébrer des messes pour le repos de son âme dans l'église de Cestayrols (rèf. Arch. Dép. Gironde série E supp.) et c'est avec lui que s'éteint cette famille des Amiel de Penne.
-5- Pour terminer revenons àRaymond Amiel de Penne cité au point -2- : son fils cadet, Bernard aura lui aussi une (courte) postérité connue avec Pons Amiel de Penne dont on sait seulement qu'il est qualifié de noble étudiant en l'Université de Toulouse dans une requête qu'il signe en 1328; et un Raymond Amiel de Penne (III) qui, lui, sera sans postérité, étant rentré dans les ordres, il devint Chanoine de Tolède en 1331.
-6- Après avoir essaimé dans plusieurs familles nobles de la région à travers les chevaliers ou seigneurs de Montaigut, de Castelnau ou de Lisle où ils figurent par ex. dès 1190 (cf. Revue du Tarn, Vol. 9, 1892), la famille de Penne aura toutefois encore des Amiel de Penne bien après cette époque: On connait un Raymond Amiel de Penne-Thémines en 1421, ayant épousé une des filles de la branche principale de cette maison qui s'éteignit en 1359; en 1540 encore un acte de fondation de messes en l'église de Cestayrols fait référence à un vieux testament du 1er janvier 1436 de feu Raymond Amiel de Penne, seigneur du lieu vu au-dessus (Archives Départ. de Gironde). De même pour les représentants des Amiel de Villemur au milieu de ce même siècle. (cf "Penne d'Albigeois à travers l'histoire" P & J. Malrieu , Oswald, 1969).
La FAMILLE AMIEL DE PENNE vue via la FAMILLE DE TOLVIEU :
La famille méridionale de Tolvieu est originellement liée à celle des Amiel de Penne par plusieurs personnages : Raymond Amiel de Tolvieu (~1113 - 1140) "miles dominicus" et son frère l'abbé Amiel (abbé de 1149 - 1177) qui fut à la tête de l'Abbaye St Théodard de Montauban à la création de la ville et aussi dans le même temps par Ricartz de Tolvieu (~1100 ou 1110; + - av.1140) en français Ricarde, Tolvieu est le nom de son 1er mari décédé, qui est la mère d'un Pierre de Penne (+ en 1153) et de Bernard Amiel, 'vicarius' (~1135 - ~1186); ce qui indique que son 2ème mari fut un de Penne. Auparavant chez les de Penne il y eut Guillaume Amiel de Penne (entre 1059-1072) et son fils Amiel. Enfin le Pierre de Penne cité au-dessus eut, entre autres, un Amiel (1139-1183, cf. point -1a- art. précédent), seul fils marié (et dont on connait un fils), et Matfre Amiel (connu entre 1143 et 1158). Encore à la même époque on note la présence d'un Amiel Auduguier de Penne (entre 1143 et 1180) qui fut proche des comtes de Toulouse de ce temps, les Adémar.
Par plusieurs démonstrations (D. Panfili "Alliances & réseaux aristocratiques dans la grande guerre méridionale: la création de Montauban et l'élection d'Amiel (1149-1177), abbé de St Théodard"; Annales du Midi T. 115, n°244, 2003, p.501-514) c'est Ricartz de Tolvieu qui n'hésitera pas à puiser dans l'onomastique de son 1er mari, Raimond de Penne, le nom Amiel qu'elle introduira avec succès dans sa nouvelle lignée d'adoption, les Siquier-Pouget.
(=> "Aristocraties méridionales (Toulousain, Quercy) XI-XIIèmes S." D. Panfili, Presses Univ. de Rennes 2010).
Une épouse d'AMIEL de PENNE aimée d'un TROUBADOUR :
Selon la documentation d'histoire du Rouergue d'Hyppolyte Barrau (vol. III 1857) cette dame noble, vicomtesse de Penne, se serait nommée Adalaïs mais il place l'épisode au XIIIème S. disant qu'elle fut l'épouse de Bernard de Penne. Or selon cette fois la biographie retrouvée du célèbre troubadour, Raymond Jourdain rima au siècle précédent, et fut productif entre 1166 & 1178. Sa courte renommée le dit agréable, généreux, adroit aux armes et (il) sut composer avec beaucoup d'imagination. Il était le seigneur de St Antonin (Noble-Val de nos jours), et El amèt la molher d'En R. Amiel de Pena d'Albigès, qu'èra onratz bons..., il aima une dame voisine, la femme de Raymond Amiel de Penne d'Albigeois, lequel était un riche baron; et la dame était belle, jeune et instruite; ils avaient l'un pour l'autre plus d'amour que nulle autre créature au monde. Il advint que le vicomte-poète se trouva en guerre; il fut blessé gravement, porté à St Antonin, sa seigneurie, considéré comme mort à brève échéance. Cette nouvelle provoqua une telle douleur à sa dame d'amour qu'elle se fit cathare, vers 1175. Il s'agit bien semble t-il de la mère de Bernard indiquée par erreur par Barrau. Mais le bien aimé troubadour n'était pas mort en réalité; il parvint même à guérir de ses blessures et, ayant appris que son Adalaïs était entrée en religion chez les bonnes femmes, le troubadour en eut un tel chagrin qu'il ne fit plus désormais ni poème ni chanson, la flamme s'était éteinte. Mais son deuil amoureux ne dura qu'un peu plus d'un an ! Il se prit d'amour alors pour Elisa de Montfort lorsqu'il se rendit dans son château de Turenne....Quant à Raymond Amiel il semble avoir eu une autre épouse et à la toute fin de sa vie on sait qu'il se fit moine en 1196. De son union avec cette 2ème épouse naquit Raymond Amiel qui se fit "donat" (frère donné) en même temps que son père à la commanderie templière voisine de Vaour, qu'ils dotèrent. Ce nom correspond à ce vicomte qui apparait dans pas moins de 7 actes du cartulaire de Vaour entre 1177 et 1185. Des destins bien différents tous guidés par l'amour soit divin soit humain.
(=> "Biographie des troubadours" J. Boutière & A. H. Schutz; Paris, 1973, pp. 158-160; l'époque, le nom de la vicomtesse et celui de son époux sont confirmés par plusieurs historiens régionaux spécialistes de cette période : Michel Roquebert (L'épopée cathare, T. I, p.468; Privat, Toulouse, 1970), Jean Duvernoy (Cathares, vaudois et béguins..., p.99; Privat, Toulouse, 1994), Hélène Debax (Vicomtes et vicomtés dans l'Occident médiéval, Presses Univ. du Mirail; Toulouse, 2008).
AMIEL et son fils MIRONI (30) :
Ces deux personnages apparaissent dans le testament de la Vicomtesse Garsende (ou Garsinde) veuve de Bernard Aton VI, dernier vicomte de Nîmes et Agde, qui vivait encore en 1214. Proches de la famille vicomtale gardoise, il leur fut attribué par ce testament du 2ème quart du XIIIème S. le lieu dénommé 'Villam...Berbuxam' dont la localisation est inconnue.
(=> "Hist. Génér. du Languedoc" 3ème éd. T. V. Preuves Chartes & Diplômes, 126 c. 2 74).
PIERRE AMIEL à MONESTIES (81) :
En 1229 plusieurs feudataires dont Pierre Amiel rendent hommage pour le fief qu'ils tiennent solidairement (et leur venant de leurs prédécesseurs) de l'évêque d'Albi. Ce fief assez étendu couvrait les territoires du château et de la vallée de Monestiés avec leurs villages ou forts dont celui de Milhavet (un nom à forte consonance aemilienne cf onomastique).
(=> rèf. pour l'acte d'hommage: Fonds Doat, 105, f° 304).
GERAUD AMIELS à ALBI (81) :
Ce religieux fut Archidiacre d'Albi au XIème S. Peut-on voir en lui le futur évêque du même siège? (voir fiche coirrespondante).
Les AMIEL Seigneurs Ariégeois :
- Les familles Amiel installées dans les pays ariégeois et possédant des fiefs descendent sans doute toutes d'Amelius Simplicius d'après les historiens. Elles occupent particulièrement trois régions : l'une située au nord-ouest de Foix, dans les vallées de l'Arize et de La Lèze, en Plantaurel; une seconde dans le Séronnais, entre Labastide-de-Sérou et le Massif de l'Arize, à l'est de Foix; une troisième enfin en Haute-Arize, entre Rabat-les-Trois-Seigneurs et la vallée de Vicdessos, à l'est de Tarascon-sur-Ariège. Un Amiel de Rabat est connu dès 1095 : il signe avec d'autres un acte relatif à un accord passé entre le comte de Foix Roger II et sa cousine Ermengarde, vicomtesse de Béziers, au sujet des comtés de Carcassonne et Razès (cf. "Naissance, évolution & fonctions des fortifications médiévales dans les Comtés de Foix, Couserans & Comminges" Rapport 2005 Programme collectif de recherches sous la direction de F. Guillot). D'ailleurs on voit aussi qu'en avril 1095 le Pays de Sault séparé depuis longtemps des domaines des comtes de Cerdagne, fut réuni à celui de Carcassonne (cf. cartulaire de Boulbonne, 280) et le château de Son (Usson) qui en gardait l'entrée (via Quérigut et Rouze) était alors sous la dépendance d'un Bernard Amiel, fils de Guille (des Amiel ariégeois probablement) qui en fit hommage en 1100 à Ermengarde, vicomtesse de Cracassonne et à Bernard Aton, son fils, futur vicomte (cartulaire de Boulbonne p.273).
La famille AMIEL DE PAILHES (09) :
-1- La dynastie comtale toulousaine dite raymondine semble très liée au Pays de Foix par une Comtesse de Toulouse épouse du comte Guillaume-Aton. Ce dernier avec son frère Arnaud semble détenir le pouvoir dans ces pays ariégeois avec des possessions et des influences sur toute la zone Ariège-Garonne-Plantaurel. Et dans leurs affidés on n'est pas surpris de trouver la famille Amiel: Le château d'Alzen, principal site castral du Séronais (vallée du Sérou, entre Foix et St Girons) est confiée à leur garde dès 1167. Aux alentours de 1200, la branche toulousaine de ces Amiel par une soeur ou cousine des descendants de Guillaume-Aton (l'influence allait jusque là) rend hommage au comte de Foix pour le fief de Pailhès, site castral dont cette famille prendra le nom comme géopatronyme. Et au début de ce XIIIème S. le seigneur Amiel de Pailhès détiendra aussi les châteaux de Sabarat, Gabre, et on l'a vu, Alzen. Ainsi aussi le comte de Toulouse va-t-il par ces proches dont les Amiel, pouvoir contrôler toute cette région. Ces familles nobles ariégeoises Amiel, Marquefave, Durban, Château-verdun ...,vont familialement se mêler les unes les autres et être toutes parentes plus ou moins.
(=> "Naissance, évolution et fonctions des fortifications médiévales dans les comtés de Foix, Couserans & Comminges" s/s la direct. de F. Guillot, Prog. Coll. de Rech. 2004).
* Deux Bernard Amiel de Pailhès, père et fils se sont succédé : le père comme le fils se rencontrent dans les chartes pendant au moins un demi-siècle; Bernardus Amelius de Paileriis est témoin dans des actes de 1201, 1204, 1205, 1214 (Teulet, Layettes n° 612, 722, 756, 1072 et, ci-après 2487, 3028). Le père fut l'un des principaux feudataires du comte de Foix; en 1194 il lui donne entre autre ce qu'il possède depuis le château de Labarre jusqu' "al casse d'Amelii" (Arch. Dép. Ariège E6 css19 n°33 p.266); le comte lui fit donner sa garantie aux habitants de Tarascon en juillet 1216 (HGL T.VIII, col.688). En février 1187 il accorde à l'Abbaye de Boulbonne le droit d'usage et de parcours dans ses bois. Le fils homonyme, (1194 - 1232) prendra ensuite part à l'expédition du comte Roger Bernard de Foix en Lauragais d'abord à la bataille de Baziège (printemps 1219, victoire du midi) comme nous le dit la Chanson de la Croisade de Guillaume de Tudèle (vers 8976 : description des chevaliers engagés; vers 9185 : bataille, voir détails plus bas). Quelque mois plus tard à peine lors du dernier siège de Toulouse (juin - juillet 1219) il est chargé de la défense de la Barbacane de Las Crozes (vers 9472). Il se liera au Temple; après avoir été Grand Prieur de l'Ordre à Toulouse entre 1228 et 1230, on le retrouve précepteur (à la tête) en 1230 de la commanderie de Thor-Boulbonne, dans la basse vallée de l'Ariège (à Cintegabelle de nos jours), puis rapidement de celle de Capoulet de 1230 à 1232, année où il serait mort. En 1237 son fils homonyme (encore) cède au comte de Toulouse le domaine de Ste Gabelle (Cintegabelle de nos jours) et la forteresse de Grazac (qui en est proche). Le père fut un vaillant chef féodal, un héros de la délivrance romane, un patron de l'église du Paraclet selon Napoléon Peyrat qui, avec un lyrisme très occitan poursuit Amiel vivait en baron pyrénéen, en prince guerrier et pastoral, entouré de bercails et de haras. L'hiver ses troupeaux de brebis, de génisses et de cavalles paissaient la bruyère et le genêt épineux dans les ravins profonds que domine son castel (Pailhès); l'été ils remontaient vers les sources de l'Ariège, dont il voyait du haut de ses tours les cîmes neigeuses, sous un ciel de feu.(Peyrat "Histoire des Albigeois: Les Albigeois et l'inquisition" Vol.I; Paris, Lacroix Verb. & Cie 1870). Bernard Amiel fils reconnait tenir du comte de Toulouse Raymond VII en 1236 les châteaux de Cintegabelle et Grazac et en 1243, d'autres fiefs énumérés dans l'acte (Teulet, n° 3036) dont les châteaux de Pailhès, Artigat, Madière, Casteras, Lanoux, Aigues-Juntes, Alzen, Montels, Roquefixade et Celles ! En 1256 il donnera solennellement le château de Pailhès à ses neveux, fils de son frère Raymond. Enfin, en 1300 fut conclu un paréage entre lui et le roi Philippe IV à propos d'Artigat. Signalons aussi qu'à la fin de sa vie, alors qu'il dirigeait la commanderie du Thor, il reçut des dons en territoires pour cette commanderie, terres qui seront à l'origine de la création du village d'Aignes, près de Cintegabelle (31); ce sont ses successeurs qui voulant tirer parti de ces donations en terres y fondèrent un établissement particulier avec la permission des consuls de Cintegabelle de qui dépendaient ces terres en 1242; la charte de privilèges leur fut octroyée par le Prieur de l'ordre à Toulouse mais la charte communale n'interviendra qu'en 1276. Aignes restera une division de Cintegabelle jusqu'en 1882 !
-2- Outre les châteaux ci-dessus les Amiel tiendront encore, pour le comte de Foix, outre Rabat et Pailhès (quelques Amiel de Rabat-Pailhès sont connus dont Bernard dont parlent les Chroniques de Froissart), Les Bordes sur Arize près du Mas d'Azil, et les châteaux de Montels, Boulon & Cadarcet sur l'itinéraire Foix-StGirons (toujours dans la même vallée du Sérou) via Alzen, un itinéraire direct entre ces deux régions pratiqué depuis l'Antiquité d'ailleurs. Alzen est par exemple un fief de Bernard Amiel ci-dessus dès 1240, c'est ce qu'on voit par une lettre d'un certain Sicart de Belfort à son frère, viguier de Toulouse datable de 1242. A cette liste déjà bien fournie il y a lieu d'ajouter les châteaux ou ouvrages castraux de Montagagne, Unjat situés plus avant dans les Pyrénées ariégeoises pour certains. Il faut voir enfin que cette situation pyramidale du pouvoir entre Toulouse et les seigneurs locaux, vassaux des seigneurs de Foix ne perdurera que quelques dizaines d'années. En effet les tumultes, bouleversements liés à la croisade Albigeoise (un Amiel de Paihès passera pour hérétique dans une déposition à l'inquisition) vont provoquer un conflit entre les comtes de Foix et ceux de Toulouse, le passage essentiel du Séronais devient fuxéen: Bernard Amiel de Pailhès se rebiffera et ne voudra plus reconnaître la suzeraineté du comte de Foix sur ses châteaux en 1243 (cf. site internet de Denis Mirouse). Raymond, comte de Toulouse, reçoit en effet, cette année-là, l'hommage de Bernard Amiel de Pailhès pour les châteaux de Roquefixade, Alzen, Artiques et d'autres encore ainsi que pour des villages situés même vers Foix. Ainsi toutes ces places sortent du ressort de Foix et deviennent de véritables enclaves languedociennes puisque toulousaines et le resteront jusqu'à la Révolution ! En 1278 alors que le comte de Foix va se reconnaître vassal du roi de France Philippe-le-Hardi, après la restitution par ce dernier de nombreux châteaux ariégeois, Bernard Amiel ne pourra que se résoudre et finira par vendre le château de Roquefixade au roi avec ses appartenances et tous ses droits. Les occitans ne sont plus chez eux et ne se gouvernent plus eux-mêmes, ils sont désormais français, la croisade a alors eu là ses conséquences dernières et définitives, le rattachement par la force à la France; les occitans devenant les sujets d'un roi bien lointain dans tous les sens du terme.
-3- Hors des pays de Foix et Basse-Ariège les Amiel de Pailhès auront des biens près de Limoux dans la vallée de l'Aude, à Castelreng ou La Bezole. Tout comme avec la famille de Penne, ces Amiel vont s'allier aussi avec la famille tarnaise de Villemur par suite de leur puissance dans ce comté de Foix. Si la 1ère branche des Villemur est entièrement tarnaise elle s'éteint rapidement à la fin du XIIIème S. Une 2ème propulsera ses membres dans le comté fuxéen par leur alliance avec la famille ariégeoise des Marquefave mais elle s'éteindra entre 1412 et 1424 avec Pons VI. C'est alors que le nom ainsi que la totalité des biens seront récupérés par Bernard Amiel de Pailhès par suite de ses liens familiaux: Il prend de fait le nom de Bernard Amiel de Villemur, inaugurant par là la 3ème branche de ces Villemur. Il étoffera encore sa fortune déjà conséquente dans la 1ère moitié du XVème S. par l'exploitation de mines et la sidérurgie. Pons, son fils, sera Sénéchal et Gouverneur du Comté de Foix, au milieu du XVème S. au nom du roi de France.
(=> pour ce dernier § "Le temps des moulines ..." C. Verna pp.260-261; Publ. de La Sorbonne, La Louve, Paris, 2006).
-4- Cette famille eut une longue descendance: un Amiel de Pailhès est indiqué comme homme de lettres demeurant à Versailles, rue Royale, au début du XIXème S., certaines lettres indiquent qu'il se 'piquait' de médecine.
(=> "Théorie nouvelle de la phtisie pulmonaire..." M. Lanthois, Paris, Egron 1818).
BERNARD AMIEL DE PAILHES et la CHANSON DE LA CROISADE (09) :
- Ce valeureux défenseur des droits occitans dont j'ai parlé ci-dessus ( famille de Pailhès -2- 2ème §) est le seul Amiel seigneur languedocien cité dans la célèbre "Chanson de la Croisade contre les Albigeois" écrite par le navarrais Guilhem de Tudèle entre 1208 et 1218. Il est l'un de "ceux de Toulouse qui haïssent tant (les hommes de France), les barons du comte (de Montfort), tous ensemble, et tous poussant le même cri, (ils) ont tellement, de leurs armes d'acier, atteint les Français...., que les ennemis trébuchent de toute part et sont renversés deux à deux" dit la Chanson de Guillaume de Tudèle, contant en cet endroit la Bataille de Baziège, qui eut lieu en 1219 à quelques lieues de Toulouse, en Lauragais. Ce passage commence par énumérer ceux qui sont aux côtés du seigneur de Savartès (Sabarthés) et le chevalier Amiel est précisément indiqué Bernard Amels, seigneur de Palharés, lesquels suivent dans ce choc des armes le Comte de Foix; ils arrivent de l'est par le Seuil de Naurouze et les Français sortent de Toulouse et viennent par l'ouest. Le nom de Bernard Amiel figure textuellement dans trois vers :
- vers 9184 : à la bataille de Baziège donc, "E i es Bernatz Amiels el tos W. Bernatz"; son nom est écrit "Bernatz Amiels" avec l'indication de chevalier toulousain; cette notation vient bien après le :
- vers 8976 : à la bataille de Toulouse, qui eut lieu auparavant (1er siège de 1211), où il prend part à l'expédition du comte de Foix et où figure sa nobilité : "Et i es Br. Amelhs senher de Pailhers" , soit 'et il y a Bernard Amiel, seigneur de Pailhès'.
Eut lieu ensuite la fameuse bataille de Muret, au sud de Toulouse, en sept. 1213 qui vit la défaite des occitans et la mort du roi d'Aragon, bataille décisive à laquelle il participa probablement aussi bien que son nom ne soit pa s cité.
- vers 9472 : à nouveau à Toulouse, "arrivé l'un des premiers" (vers 9475) conjointement avec Jordan de Cabaret et Aimeric de Raca-Negada (deux audois, Cabaret est l'un des quatre châteaux de Lastours, Roca-Negada est un château de l'Alaric), il est chargé de défendre l'une des barbacanes toulousaines, la barbacane "des Crozes". On cite aussi la présence d'un 3ème audois, Chabert de Barbaira (seigneur du château de Miramont dans l'Alaric encore). Mais quand et à quelle occasion ? Il pourrait s'agir du 2ème siège de la ville qui eut lieu en 1217-1218 (qui vit la mort de Simon de Montfort, tué par une pierre lancée par une femme) mais si l'on suit la chronologie de la versification ce serait plutôt en 1219 (juin à aout), et après la bataille de Baziège (au printemps 1219). Il y eut en effet, encore un 3ème siège de Toulouse, par Louis VIII cette année-là, mais qui 'avorta', le roi ayant fait sa quarantaine, il décida de repartir à Paris !. Dans ce vers 9472 son nom est une nouvelle fois écrit "Bernatz Amelhs".
(=> "Histoire de la Croisade contre les Hérétiques Albigeois écrite en vers provençaux" M. C. Fauriel; Paris, Imp. royale, 1837. ). Hist. Gén. Languedoc, D de Vic & D Vaissette, T. V, Addit. & Notes du Livre XXIII; Ed. 1840-46; Toulouse, Paya)
- Avec les seigneurs des pays ariégeois il prit en effet fait et cause contre les croisés en un front uni (qui se divisera ensuite toutefois avec les querelles entre Foix et Toulouse). Ce qui caractérise toute cette noblesse régionale c'est son adhésion généralisée au catharisme et le comportement de 'faydits' désignant ces mêmes seigneurs alors dépossédés et bannis, traîtés comme des moins que rien par les chevaliers français, suite à la conquête de leurs domaines, ici les terres de Mirepoix, du Plataurel ou du Pays d'Olmes.
(=> "L'Ariège des Comtes & des Cathares" Cl. Pailhès p.136).
- Le pays de Foix, avec toute la région, devenu français, les seigneurs locaux durent se soumettre à leur nouveau suzerain, le roi de France. Bernard Amiel récupérant ses biens (en partie) il fut alors à l'origine de la création du village de Gabre (09), bastide créée sur un territoire lui appartenant par le roi Philippe II et avec l'accord des Chevaliers de Malte par un Paréage (parrainage) conjoint de 1281.
Les AMIEL et les seigneurs de LABATUT et de UNZENT (09) :
Labatut, tout comme Unzent au nord-ouest de Saverdun, localités proches de Lissac (voir ci-dessous) conservent l'une et l'autre dans les noms de leurs seigneurs celui d'Amelius. Celui d'Unzent est précisément dénommé 'Amelius de Claustra de Unzento', Amiel de l'enceinte d'Unzent, dans le Cartulaire de St Sernin (acte 525, avant 1200). Ces familles qui prirent dans leurs débuts ce géopatronyme furent sans doute liées autant aux Amiel de Lissac qu'aux autres Amiel ariégeois. A la fin du XIIème S. apparaît un Auriol, qui était fils d'un Amelius. Cet Auriol restera fidèle à la religion romaine malgré l'expansion notable du catharisme et deviendra même dominicain des premiers temps de cet ordre fondé par le futur saint éponyme après ses prédications en Lauragais au début du XIIIème S. Auriol est encore le neveu d'un autre Amelius (sans doute de sa parentèle paternelle) et par un acte conservé dans le Fonds Doat (Doat 97, f°33) on le voit donner une terre à l'abbaye du Mas d'Azil, dont plusieurs Amelius sont des fondateurs-mécènes (voir ces Amiel). Le cartulaire de cette abbaye donne même le nom d'un Amelius Auriolus moine à la même époque et qui pourrait être son oncle. Une preuve supplémentaire s'il le fallait pour démontrer avec Ph. de La Tour (qui a étudié cette véritable 'dynastie' (c'est son mot) des Amelius ariégeois) combien ces Amiel se sont enraciné dans la plupart des familles nobles de la vaste région du Haut-Languedoc et zones limitrophes (Albigeois, Comminges, et particulièrement en Pays de Foix) dans les XII-XIIIèmes S. selon les endroits. On sait que cette présence a de lointaines origines (Xème et peut-être par l'Aquitaine VIème S. voir la partie romanité tardive). A Labatut ce n'est qu'au XIIème S. qu'apparaitront de nouveaux noms comme Guilhem ou Bernard, noms devenant par la suite prénoms courants dans ce lignage, le géopatronyme devenant quant à lui le patronyme de la famille. Ces 'de Labatut' se mêleront aussi aux autres familles nobles déjà vues comme les Marquefave ou les Durban. Enfin Labatut comme Auriol sont toujours des patronymes portés dans la région (Vincent Auriol, né à Revel (31) fut le 1er Président de la IVème République).
Les AMIEL seigneurs de LISSAC (09) :
Le plus ancien seigneur connu de Lissac (Licianes en latin) est au XIème S. un nommé Ameil ou Amiel qui y possède des biens. Il sera la tige de nombreux seigneurs mentionnés dans les actes jusqu'à la fin du XVème S. Toutefois tous ne sont pas dits seigneurs. Parmi ces membres apparentés à la dynastie amielienne ariégeoise on connait donc cet Amiel qui y possède un alleu (terre libre de toute redevance) avec une église dédiée à St Cyr ou Quirc qu'il donne à St Sernin de Toulouse (acte 244) et à la fin du même XIème S. At Ameil (At ou Ato est un diminutif du vieux nom Aton) et ses trois fils font, entre 1083 & 1098 une importante donation au Chapitre de St Sernin (acte 200). Ils lui remettent outre trois "casals", l'église St Jean, les dîmes, prémices (premiers fruits destinés à l'église), droits de sépulture et plusieurs autres biens constituant le patrimoine ecclésiastique de ce lieu sacré. En 1178 Amelius de Lissac est cité comme témoin lors d'une donation au couvent de Calers (près de Gaillac-Toulza 81). La famille ne s'éteindra qu'avec Marie de Lissac vers 1495, qui se mariera avec un certain Arnaud d'Espagne lequel récupère ainsi selon les pratiques féodales le titre et les biens.
(=> "Lissac (Ariège) Notes historiques" A. Pessant in site internet, version Juillet 2008).
Les AMIEL ARIEGEOIS apparentés à ceux d'AQUITAINE ? (XIème - XIVèmes S.) :
Les Ducs d'Aquitaine, Comtes d'Auvergne, pour faire pièce à leurs prétentions territoriales dans cette vaste région limitrophe du Comté de Toulouse et du Languedoc, auraient envoyé dans la région en éclaireur un de leurs lieutenants fort opportunément marié semble-t-il en tous cas lié dirons-nous à des membres de familles influentes du sud-toulousain. Et le sud toulousain, les marches (et plus) du futur comté de Foix, c'était alors le domaine notamment de la dynastie amielienne comme on le sait. Comme on le subodore par ailleurs ces Amelius des contreforts pyrénéens ont aussi noué des alliances du côté de la Bigorre (Tarbes) ( voir Amelius évêque de Bigorre dans les temps anciens et ses relations familiales), on peut penser qu'ils y soient toujours apparentés encore, la société évoluant très lentement dans ces régions pyrénéennes. Bien entendu ces relations ne sont (encore) que conjectures mais ce sont des relations tout à fait plausibles.
(=> d'après "La pierre, le métal, l'eau et le bois ..." M-E Gardel, B. Alabert & F. Loppé Soc. Sc. de l'Aude Carcassonne 2007).
GUILHEM AMIEL à MONTAUBAN (82) :
En 1240, ce bourgeois montalbanais est l'un des consuls de la ville, un ville relativement nouvelle crée un siècle auparavant par volonté comtale et abbatiale au milieu du XIIème S.(voir ci-après). Avec les autres consuls ils prêtent serment de fidélité à Alfonse, Comte de Poitiers, frère du roi de France, devenu Comte de Toulouse par suite de l'odieux Traité de Paris qui impose le mariage de l'héritière unique du Comte de Toulouse avec ce prince du nord, ceci mettant fin à la belle dynastie raymondine après l'horrible croisade albigeoise et ancrant à jamais ses terres à la France. Il me vient en écrivant ces lignes un mot de l'historien Michelet je crois qui écrivait que "La vrai France c'est la France du nord" et l'Occitanie n'est bien par là qu'une colonie depuis ce temps, ce qui n'est pas si faux que cela. Mais revenons à Guillaume étant donné qu'en principe l'on doit dès lors parler la langue du nord, le nouvel oïl, le français; Guillaume Amiel (ben oui là pour le patronyme on garde l'occitan, il n'y a pas, très curieusement, de patronyme français correspondant, genre 'Emile'); Guillaume Amiel donc s'enrichit par le commerce des excellents vins de Gaillac et Rabastens (un proverbe est resté : "être entre Gaillac et Rabastens", c-à-d être un peu saoul) dont il fit l'exportation en Angleterre via la Garonne et le véritable port d'expédition de Montauban; il devint l'un des hommes d'affaires principaux de la ville, et de plus d'envergure internationale, participant régulièrement aux foires de Boston qui attirent à cette époque les gascons: par son testament du 9 Avril 1268 il lègue ses créances en Angleterre à son neveu, P. de Salventina, comme quoi le sud n'a pas attendu la mainmise des francimans (ainsi appelait-on les gens du nord) pour développer son économie et son commerce. Il fonde dans sa ville les Cordeliers et encore par son (long) testament, cité par Le Bret, on sait qu'il voulait être enseveli dans l'église de cette fondation de Frères Mineurs que sont les Cordeliers, lesquels lui doivent bien cela en remerciement des fonds importants qu'il mit dans cette création; on voit toujours sa dalle funéraire (cf. Archives de Montauban, "Livre des serments" f° 30, testament de W. Amielh).
(=> en partie "Bulletin de la Soc. Archéol. du Tarn & Garonne" T. XXX 1902, Montauban).
La lignée issue de cet homme remarquable deviendra une des principales familles de chevaliers, consuls et marchands de cette ville et ne s'éteindra qu'au XVIIème S. Il est vrai qu'il ne lésina pas sur les affectations de sa fortune puisque outre sa fondation des Cordeliers il fonda aussi un nouvel hospice près de la Porte des Campagnes et n'oubliera pas d'associer ses collègues capitouls de la ville à la gestion de l'établissement de bienfaisance dont il rédigea le règlement. Cet hôpital bâti à partir de 1266, disparu de nos jours, était situé près du ruisseau de Lagarrigue, dans le faubourg dit des Campagnes (d'où le nom de la porte qui y conduisait) et près des Cordeliers où il sera inhumé; on l'appela aussi l'Hôpital d'Amiel, ce qui représente une reconnaissance populaire amplement méritée.
(=> art. de M. Méras "Un bourgeois de Montauban sous Alphonse de Poitiers : Guillaume Amiel" in Bulletin philologique & historique" de 1960; "Albi au XVIème S. : gens de bien et autres 'apparens'" O. Cabayé & N. Lemaitre, Presses du Centre Univ. Champollion, 2008; notice du Centre du Patrimoine de la Ville de Montauban).
BERNARD AMEL Ariégeois :
Cette appellation d'Amel (rare dans le sud mais bien connue dans l'extrême nord de la France et en Belgique) est datée de 1111; elle se trouve dans un acte de vente ou donation, écrit dans les langues latine et romane mêlées, du château de 'Chéralb' (Caralp). On voit par cette écriture qui mélange les deux langues combien il fut aussi difficile pour les scribes notariaux, greffiers, de donner une transcription aux noms énoncés des individus. Et pourtant il s'agit bien de voir en ce nom un Amiel. Quelques années plus tôt, en 1108, on voit le même personnage avec son nom écrit bien plus exactement en latin (de cuisine quand même) Bernardo Amelii (ce qui est bien plus proche toutefois d'un Bernardus Amelius) dans une restitution faite par Roger II de Foix à l'abbaye audoise d'Alet.
(=> "Hist. Gén. du Lang. T. IV Ed. Paya 1841).
Résumé des accointances régionales des AMELIUS dans le MIDI :
-1- Les AMIEL proches des COMTES de CARCASSONNE , Xème S (11) :
Les relations et conflits entre les familles gouvernantes méridionales sont ténues durant tout le haut moyen-âge. Les Comtes de Carcassonne semblent proches au milieu du Xème S. de ceux du Rouergue et donc en conflit avec ceux de Toulouse (dont Raymond IV) suite à l'assassinat avant Sept. 961 sur la route de Compostelle, du propre comte en titre de Rouergue. L'on trouvera près de ces comtes carcassonnais notamment les Aton et les Amiel. L'un de ces Amiel sera d'ailleurs (vi)comte de Carcassonne vers le milieu et dernier quart de ce Xème S. ; il peut s'agir du même personnage nommé, dans d'autres actes de la même époque, Arnaud; il pourrait tout à fait être le fils de cet Amelius Simplicius que l'on croise ici et là, lui ou ses fils et descendants, dans le Carcassonnais, le Toulousain, en basse vallée de l'Ariège ou encore en Comminges. Le siècle suivant verra l'émergence de la dynastie Trencavel qui sera au XIIIème S. celle qui devra affronter la Croisade contre les Albigeois, la plus connue et la dernière.
-2- Les AMIEL proches des COMTES de TOULOUSE (31) :
A la même première époque que ci-dessus, on trouve pourtant au moins un Amelius notoire proche des Comtes de Toulouse
: Le testament de Garsende (Garsinde) comtesse de Toulouse daté de 972 indique un Amelius de sa famille "Amelio nepotis meo" (rèf. H. G. L., T. IV Preuves p. 126 col 2 74) à qui elle lègue "villam meam ...Brutia" (sa propriété rurale de Brousses, plusieurs lieux de la région de ce nom, aujourd'hui communes, existent et il y a sans doute des hameaux ou lieu-dits aussi). Garsende noble dame était la fille du comte Raymond Pons de Toulouse (comte de 923 à 944) et la propre soeur de Raymond III qui sera le comte suivant (de 944 à 972, né vers 925-930). Enfin on ne lui connait pas d'autre descendance que ce 'nepos' Amiel.
-3- Les AMIEL et les COMTES de COMMINGES (31) :
Un Amelius est cité parmi les tous premiers comtes de Comminges, (au sud de Toulouse, cette vaste région couvrant toute la vallée de la Garonne en amont, jusqu'aux Pyrénées). Il est le 4ème de la série et paraît dans les chartes dès 997. On ne trouve son successeur qu'en 1015 (Bernard Ier). Plus tard au cours du XIème S. alors que ce dernier a une cour d'aristocrates locaux on note parmi ces 'principes seculares' le nom de Roger Amelius qui devait donc posséder des fiefs dans cette région. On peut, vu la période, conjecturer que ces Amelius furent apparentés à la dynastie ariégeoise amielienne toute proche et éventuellement aux Roger, des Trencavel carcassonnais.
-4- Les AMIEL, apparentés dans le Grand Sud ? :
Les opinions des historiens régionaux actuels confirment que les Amelii du haut-moyen-âge eurent des accointances seigneuriales avec les plus puissants de la vaste région allant des confins auvergnats aux Pyrénées et de la Gascogne au Golfe du Lion. Pour P. Ourliac les Amelii ariégeois seraient apparentés aux Toulouse-Rodez (cf; La Réforme Grégorienne à Toulouse, p.56 & introduction à la publication du Cartulaire de Lézat, p.XVI-XLVIII); pour Hélène Debax ils seraient encore liés aux Comtes de Carcassonne (cf. Structures Féodales... n.92 p.36). Pour ces derniers, il est à noter que ceux de la famille Trencavel, du temps du 1er comte Roger, et avec elle des Amiel qui en furent proches, s'intéressèrent à la région du Rouergue; ils étaient originaires d'Ambialet ceci expliquant cela et cette petite cité sous leur impulsion étendra son influence sur le Rouergue occidental dont Rodez; finalement une partie de ce territoire entrera au XIème S. dans leur mouvance.
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