La MINE d'EMILIANUS à SARRELOUIS:
Près de Sarrelouis, à Walllerfangen, en Sarre allemande, on peut encore lire à l'entrée d'une mine de cuivre des mots gravés dans le rocher il y a plus de seize siècles que l'on peut traduire par: "Exploitation d'Aemilianus ouverte le jour des nones de Mars" mais pas d'année malheureusement! C'est le seul vestige de la technique minière romaine dans cette région du nord des Alpes. On y extrayait du cuivre dès le Ier S. Elle a été réactivée au moyen-âge pour l'azurite ou bleu de Vaudrevange (en français); on dit que Dürer l'utilisa. Exploitée jusqu'au XIXème S., ce qui est remarquable, cette mine historique fait de nos jours l'objet de fouilles par des archéo-métallurgistes et un musée pourrait même voir le jour.
Un AEMILIUS PAPUS au nom à rallonge en CÔTE D'OR :
C'est un soldat de la Légion VIII Augusta qui stationnait à Mirebeau-sur-Bèze (Côte d'Or) à partir de l'an 70 pour sécuriser à cet endroit la frontière rhénane. Tribun entre 110 & 115 il se dénommait : Marcus Cutius Priscus Messius Rusticus Aemilius Papus Arrius Proculus Iulius Celsus (!) et était le fils d'un Aemilius Papus. Ce dernier fut un ami de l'empereur Hadrien; d'origine espagnole il fut consul, sénateur, et légat de Dalmatie vers 145.
(=> "Le camp légionnaire de Mirebeau" R. Gogney & M. Redde; RGSM36, Mayence, 1995).
FULVIUS AEMILIANUS à LYON et/ou à SENS :
Cet Aemilianus gallo-romain fut Curateur de Lyon, Lugdunum (cité par L. Renier "Mélanges Epist." p.10). Le curateur était chargé de certains travaux publics comme ceux à effectuer dans les thermes et bains, l'emplacement et l'entretien des statues, l'exécution des réparations dans les cirques.
Un Fulvius Numisius Petronius Aemilianus fut nommé par Septime-Sévère puis Caracalla (fin IIème- début IIIème.S), Propréteur de la Colonie des Lyonnais à Sens; certains pensent qu'il s'agit du même personnage ; pourtant on le dit du règne de Marc-Aurèle et son nom aurait comporté celui de Gavius inséré après Fulvius.
Une inscription du Musée Gallo-romain de Lyon-Fourvière, relative à la corporation des centonaires parle en effet de ce dernier personnage comme curateur: "Fulvius Aemilianus, clarissime, étant curateur, les centonaires ont restauré à leurs frais les places ...." il s'agit des places du cirque. Son rôle fut d'aider les édiles locaux à contrôler les comptes de la cité qui se dirigeait toutefois de façon autonome lorsqu'il n'y avait pas de problème. Bien que certains estiment probable que Lyon conservât des liens étroits avec la famille de ce personnage puissant, dont un des descendants fut peut-être ou sans doute selon les avis, "patron" de la ville et peut-être aussi curateur sous Alexandre-Sévère, on pense toutefois généralement que cet illustre lyonnais n'était pas originaire de cette cité car il est connu aussi en Italie par deux inscriptions, l'une à Rome, l'autre à Capoue.
Une AEMILIA prenait les bains à BOURBONNE-LES-BAINS et autres :
C'est ce que nous apprend une dédicace qui fut trouvée dans ce lieu thermal de Haute-Marne : "BORVONI ET DAMON AE(milia) SEX(ti) FIL(ia) ... D'autres exemples épigraphiques sont aussi relatifs à des thermes comme le piédestal d'une statue d'Apollon trouvée à Gérone (Espagne) du IIème S. notant plusieurs Aemilius (Celatinus et Probus, parents directs) ou une dédicace à Esculape trouvée à Hamman Biadha (Afrique du nord) autrefois Aquae Aptucensinum donnant les noms de deux Clarissima Femina nommées Aemilia (Tertulla & Marciana) ou encore à Duranton un Aemili Secundi (prov. de Ségovie, Esp.).(cf. "La sacralizacion del aqua termal en la peninsula ibérica ..." Diez de Velasco; Madrid 1988).
Epigraphie AEMILIENNE de LYON :
On trouve sur les inscriptions les qualificatifs suivants en forme de surnoms pour les Aemilia : Afrodisia (comparée à Aphrodite ?), Catidia (? donné à une affranchie), Honorata (honorée par un frère), Lupula (louve), Pedocilla (relatif à ses pieds ?) ou Valeria (courant, ici donné à une mère) et deux qui paraissent plus notables : Zotica (mot grec ?) et Venestus ( de Vénète, pour un Aemilius).
L'AUTEL de L. AEMILIUS CARPUS à LYON :
L'autel dédié par ce haut personnage fut découvert en 1704 dans une vigne de Fourvières à Lyon, la colline antique. Commémorant probablement le tout 1er archigalle lyonnais (c'est le chef des prêtres de Cybèle, rite d'origine phrygienne), on a là le 1er taurobole daté de l'Empire et de plus il commémore un sacrifice exceptionnel car aucun autre trouvé à Lyon ne mentionne le Vatican. Cette pièce de 1m de haut fut aussi à l'origine de la mise au jour des restes du Temple de Cybèle. L'autel date de 160 et son dédicataire, L. Aemilius Carpus, est sevir augustal et dendrophore soit 'porteur de l'arbre', officiant porteur du pin sacré associé à Attis, le berger aimé de la déesse Cybèle (cf. page symbolique de l'amandier). L'inscription dit ensuite que cet Aemilius a reçu et apporté du Vatican (païen !) les 'vires'; les vires sont un terme religieux dont on ne connait pas la signification mais on le comprend en général comme désignant les "testicules" des victimes bovines des sacrifices; l'autel est consacré à ses frais ainsi que son bucrane (tête de taureau ornant le sommet de la dédicace). Une dédicace aussi pour la prospérité de l'empereur du moment Antonin le Pieux, alors vieux et malade et pour celle de Lyon, sa ville. Le sacrifice lié au culte de Cybèle c'est bien entendu le taurobole, il est fait "ex Imperio", sur ordre impérial, peut-être même sur ordre de l'empereur en personne.
Le fait que Aemilius Carpus ait le titre de sévir augustal indique qu'il fut un riche et honorable affranchi, membre du collège religieux des six affranchis (sex viri) chargé du culte impérial; Carpus (fruit en grec) est son nom d'esclave d'origine, ce n'est pas un nom de famille de la gens aemilienne, dont il fut un simple affranchi; cette fonction est un couronnement de carrière pour ces anciens esclaves, ce qui peut paraitre inouï si l'on pense au sort des esclaves dans les sociétés plus modernes ! Voici la traduction du long texte de cet autel : Taurobole de la grande Mère des Dieux Idaéenne, qui fut fait par ordre de la Mère des Dieux pour la prospérité de l'empereur César Titus Aelius, Hadrien Antonin le Pieux, Père de la patrie, et de ses enfants et de la Colonie de Lugdunum. Lucius Aemilius Carpus, sevir augustal et dendrophore, a reçu et apporté du Vatican les 'vires' des victimes et consacré à ses frais cet autel et son bucrane. Le prêtre officiant a été Q. Sammius Secundus, décoré par les décemvirs du collier et de la couronne et gratifié par décret du sanctissime ordre lyonnais de la perpétuité du sacerdoce. Fait sous le consulat de Appius Annius Atilius et de Titus Clodius Vibius Varus. Emplacement donné par décret, par les centurions.
Un mot quand même sur ces 'vires' bovins : On peut y voir le sang, signe de force et de vie de l'animal, comme ses cornes en raison du fait qu'y sont contenues toutes ses défenses ou bien pudiquement "ce qui distingue les mâles des femelles", sa virilité. C'est par le verbe qui suit que l'on peut entrevoir de quoi il s'agit : "Exceptavit" parait faire référence au sang aspergé sur la personne "taurobolée"; "consecravit" indique les cornes que l'on consacrait et attachait communément aux piliers des temples comme des enseignes de la religion; "condidit" correspond aux parties "naturelles" de la reproduction de la vie, que l'on enterrait sans doute au pied de l'autel à Cybèle. Mais de toutes ces offrandes la plus agréable à la déesse fut celle des testicules du taureau, on ajoute d'ailleurs souvent ensuite "Per quod proprie taurobolium". Les auteurs ont souvent parlé par ailleurs des prêtres de Cybèle qui n'hésitaient pas à se couper leurs propres testicules, se rendaient eunuques, car c'était la suprême et définitive consécration. Enfin le sacrifice fut fait sur la colline vaticane de Rome: Ce nom de Vatican devenu si célèbre du fait du siège de l'église catholique, vient de Vaticiniis ou Vaticinator, c'est le lieu d'oracles fréquents rendus pour le peuple mais aussi la demeure du grand-prêtre de Cybèle, qui y avait un temple, nommé "l'Archigallus" où il débitait ses prédictions, d'où ce nom de Vaticinator (devin, prophète...!), d'où aussi le verbe français vaticiner, qui signifie bien prophétiser.
- Un autre taurobole de Lyon daté de 197 mentionne quant à lui une prêtresse : Aemilia Secundilla qui peut tout à fait avoir un lien familial avec cet Aemilius Carpus.
(=> "Les religions de l'Asie dans la vallée du Rhône" R. Turcan, 1972).
LUCIUS AEMILIUS FAUSTUS Potier :
En 1991 lors de travaux on trouva à Yverdon-les-Bains (canton de Vaud, Suisse) des dizaines de milliers (!) de ratés de cuisson sur lesquels il y avait imprimé l'estampille de cet Aemilius Faustus. Cet artisan était donc un potier dont le surnom assez courant de Faustus proclamait qu'il était sans doute "prospère, heureux". Et l'on pense que par ce qui indique une très grande production, il est en effet devenu riche. Faustus était le nom d'un helvète ordinaire mais avec tout l'argent qu'il se fit par ses produits il put s'acheter un vrai nom romain; il opta pour celui d'Aemilius, nom de beaucoup de gens libres de Gaule et d'ailleurs, récompense voire fleuron, fierté de l'accès à la citoyenneté romaine. Et comme tous les nouveaux Aemilius il relégua son ancien nom en position de cognomen. Aemilius Faustus travaillait à Eburodunum sous le règne de Tibère et au début de celui de Claude, soit entre 15 ou 20 et 40 ou 50 de notre ère. Ses céramiques sont des imitations de terre sigillée (d'où leur prix promotionnel sans doute et son énorme production) mais il fit aussi des céramiques en pâte grise. Des poteries portant sa marque ont été trouvées à Lausanne, Avenches, Massongex, Martigny, Windish et Augst, en Suisse. Les fouilles ont permis à l'archéologue et professeur Luginbülh de l'Université de Lausanne, d'écrire son histoire "Lucius Aemilius Faustus, histoire d'un potier gallo-romain d'Yverdon" (Yverdon-les-Bains, 1995), petit ouvrage certes mais agrémenté de caricatures et d'une chronologie, permettant de tout savoir sur cet artisan et sa véritable petite entreprise.
Le trésor de MAILLé (Vendée) :
Ce trésor monétaire fut découvert au début des années 1960; il contenait des pièces de la fin de la République Romaine dont les types étaient connus sauf deux dont un de M. Aemilius Lepidus. Il y figurait des pièces de Q. Fabius Maximus, plusieurs de Mn. Aemilius Lepidus, de Porcius Cato, plusieurs de M. Aemilius Scaurus et Paullus Aemilius Lepidus. L' autre pièce rare représente M. Aemilius Lepidus avec Octave le futur empereur Auguste, modèle qui jusque là était inconnu; un trésor qui fut enfoui semble t-il vers -20.
(=> "Le trésor de Maillé" in Revue de Numismatique; art. de J.B. Girard; année 1963, vol. 6, n°5).
Le trésor de LA VILLENEUVE-AU-CHÂTELET (Aube) :
Ce trésor fut découvert en 1973; il contenait des monnaies aemiliennes encore plus anciennes dont une d'un Aemilius Scaurus datée de -118, ce qui est remarquable pour cet endroit et pour cette monnaie et un denier de L. Aemilius Paullus émis en - 62 à Rome. Ceci tendant à indiquer que les monnaies étaient utilisées très longtemps et que ce trésor est parvenu là au temps d'Auguste.
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