"La pensée actuelle, c'est la castration suprême, puisque c'est la castration du signifié".
René Girard "Des choses cachées depuis la fondation du monde".

La SIGNIFICATION du MYTHE :
La sémiologie étudie la vie des signes dans la vie sociale selon sa définition. L'un de ses premiers concepteurs, Ferdinand de Saussure, dans une vision structuraliste voit la signification représentée avec un signifiant et un signifié; le signifié est la représentation mentale, le concept d'une chose quand le signifiant est la représentation acoustique du mot qui l'exprime, l'empreinte psychique qui renvoie au signifié; c'est un peu comme l'idée que l'on se forme, en tant qu'auditeur, de ce qui est entendu à la radio. Et "dans le mythe" (dont la finalité est sa signification) "on retrouve ce schéma tri-dimensionnel : le signifiant, le signifié et le signe" (R. Barthes, "Mythologies, 1957, p.221). Le mythe selon lui se logerait dans l'écart du signifié et du signifiant.
René Girard estime pour sa part que l'on veut priver de nos jours les hommes de sens (cf. citation en exergue et dernier article de la page) par l'effacement du signifié, il explique: Nous n'avons lutté contre les puritanismes de nos pères que pour tomber dans un puritanisme bien pire que le leur, le puritanisme de la signification qui tue tout ce qu'il touche autour de lui; il dessèche tous les textes, il répand partout l'ennui le plus morne au sein même de l'inouï. Derrière son apparence sereine et désinvolte, c'est le désert qu'il propage autour de lui.
Quant à Tolkien, il a intégré la sémiologie dans ses constructions imaginaires et mythiques si prisées de notre temps. Mises en images par le 7ème art, ses représentations sont vues avec délectation par des hordes de cinéphiles, le signifié s'efface bel et bien et l'empreinte psychique bien que notablement renforcée devient unique car imposée, il n'y a plus de place pour l'imagination personnelle.

LA THEORIE MIMETIQUE DE GIRARD et NOTRE TEMPS :
Il s'agit du fruit des réflexions d'un grand philosophe de notre temps injustement ignoré en France, qui l'a pourtant vu naître au XXème S. à Avignon, René Girard.
Nul n'étant prophète en son pays, René Girard a compris que son avenir n'était pas au pays de Descartes; il a vécu et exercé aux USA, c'est un grand philosophe chrétien actuel quasiment inconnu chez nous alors que ce qu'il a écrit pourrait être d'une utilité majeure pour la façon de percevoir non seulement le christianisme et sa valeur déconsidéré chez nous depuis longtemps mais plus généralement la psychologie sociale. Il est vrai qu'il se réclamait du "bon sens populaire" et, de ce fait, ne fut pas très bien vu du monde académique, surtout français, de ses contemporains.
Révélant les liens qui unissent la violence et le religieux, il a émis une "théorie mimétique", ou plutôt du désir et de la violence mimétique, qui décrit une "science des rapports humains" et le fonctionnement des sociétés. Ce franc-tireur de la science intellectuelle a bâti une œuvre originale conjuguant réflexion savante et prédication chrétienne. Ses livres forment une vaste enquête sur le désir humain et la violence sacrificielle où toute société selon lui trouve son inavouable origine. Le désir humain a une violence profondément pathologique. Le désir est une maladie et c'est le ressort de tout conflit envers autrui. De cette concurrence de rivalité naît le cycle de la fureur suivi de la vengeance victimaire; un cycle qui ne peut être résolu que par le sacrifice d'un "bouc émissaire" comme le montrent tant d'exemples dans l'histoire et dans tant de mythes à travers le monde.
Pour ce qui concerne notre culture c'est dans le livre biblique du Lévitique qu'on trouve l'origine de ce "bouc émissaire". Ce livre décrit notamment les rites hébreux qu'accomplissaient les prêtres issus tous de la tribu de Lévi. Le rite en question imposait le sacrifice expiatoire annuel de deux boucs : l'un était effectivement sacrifié à Dieu tandis que l'autre était envoyé vivant dans le désert après que la Grand Prêtre l'ait chargé symboliquement, par apposition des mains, de tous les péchés commis dans l'année par les enfants d'Israël; il était ainsi offert à Azazel, ange déchu (Lév. 16,8). C'était lui, le bouc émissaire en question (émissaire venant du verbe latin emittere : envoyer); il était chargé, dans tous les sens du terme, d'expier les fautes de la communauté. Il était bien cette victime réconciliatrice retrouvée et mise en avant par R. Girard. Concept central de son œuvre qui vise effectivement à expliquer le fonctionnement et le développement des sociétés humaines quelle qu'elles soient. La désignation d'un coupable a toujours permis aux peuples de rétablir leurs bases de vie sociale en s'exonérant de leur fautes propres. Dans le Nouveau Testament, on voit ainsi le Grand Prêtre Caïphe qui justifie la mort nécessaire de Jésus, même si elle est injuste : "Il vaut mieux qu'un seul homme meure pour le peuple, et que l'ensemble de la nation ne périsse pas" (Jean, 11,50).
Mais pour Girard il y a une distinction fondamentale, une "divergence insurmontable entre les religions archaïques et le judéo-chrétien". Si tout le scénario habituel est semblable jusqu'au sacrifice permettant à la foule de se réconcilier, le christianisme, lui, proclame haut et fort l'innocence de la victime (Jésus). Contre ceux qui réduisent la Passion du Christ à un mythe parmi d'autres, Girard affirme, lui, la singularité irréductible et la vérité scandaleuse de la révélation chrétienne. La logique infernale de la violence mimétique est tout aussi rompue mais ici elle dévoile en plus le sanglant substrat habituel de toute culture humaine : le lynchage apaisant la foule et ressoudant la communauté.
Girard devient un prédicateur chrétien éclairé original dont ses détracteurs ont pu dire qu'il s'éloignait des sciences humaines en se rapprochant aussi intimement d'une religion mais il leur répondait que les Evangiles étaient la vrai science de l'homme. Pour lui, sa théorie mimétique permettait d'éclairer non seulement la construction du désir humain et la généalogie des mythes mais aussi la violence passée et toujours présente, l'infinie spirale du ressentiment et de la colère, en bref de l'Apocalypse finale probable. Les attentats du 11 septembre étant pour lui la manifestation d'un mimétisme globalisé.
On ne s'étonnera pas que ses textes aient reçu un accueil glacial auprès de ses confrères du monde académique, français en particulier (il était académicien cependant, on ne pouvait faire moins quand même !). Se réclamant de l'anthropologie, ce provocateur-né brossait la discipline à rebrousse-poil en optant pour une réaffirmation tranquille de la supériorité intellectuelle occidentale, ce qui ne pouvait que l'ostraciser dans le milieu savant européen, rompu depuis trois siècles à la critique des religions. Il entre en effet en collision frontale avec le dogme nouvellement ambiant d'une égalité prétendue (et proclamée) des cultures, grande conclusion accouchée par un siècle d'anthropologie "scientifique".
Il avait la prétention intellectuelle de découvrir l'universelle origine de notre civilisation et pour cela il fallait d'abord admettre la prééminence morale et culturelle du christianisme, sa validité scientifique et non pas sa simple révélation religieuse, ce dont il s'employa admirablement à démontrer.
Dans l'un de ses ouvrages principaux, "Des choses cachées depuis la fondation du monde", écrit en collaboration selon un dialogue, il applique effectivement sa théorie au grand recueil mythique de la mémoire occidentale, la Bible, mettant en avant le rôle central de ces textes, recueil qui, selon lui, est entièrement le cheminement inouï de l'homme vers le Dieu non violent de notre civilisation occidentale. On a pu voir en lui le "Darwin des sciences humaines"; il est certain qu'il est l'un des penseurs majeurs de la 2ème moitié du XXème S.; comme Darwin il est un penseur des origines humaines mais quand le 1er s'éloigne de la foi par ses recherches, Girard, lui, la retrouve et démontre sa validité, du moins pour ce qui concerne ce qui fait de l'homme son originalité parmi les êtres vivants, domaine même des sciences humaines.
(=> d'après notamment l'article de J. Birnbaum in Le Monde du 5/11/2015 écrit le jour de la mort du philosophe soit la veille et mes notes).
La MYTHOLOGIE MODERNE de TOLKIEN pour NOTRE TEMPS:
Tolkien (1916-1973), lui, est un auteur anglo-saxon, bien connu de nos jours pour son "Seigneur des Anneaux". C'est en effet un créateur de mondes imaginaires, des mondes complets. Il a notamment "créé" de toutes pièces des langues et élaboré autour d'elles toute une mythologie, un univers dans ce que l'on a nommé en anglais, la "fantasy"; des contes modernes correspondant bien au monde des apparences dans lequel nous nous enfonçons progressivement; monde réel de la technologie au service des mondes virtuels dans lesquels naviguent avec délectation toutes les jeunes générations. Voilà des idées contemporaines enfin qui font suite aux théories ésotériques scabreuses de la fin du XIXème S. début du XXème, puis des prétendues visites d'ovnis au cours du XXème ou de la basique science-fiction; avec les merveilleux trucages du cinéma, des jeux vidéo et autres inventions du même genre, ce monde imaginé passe alors du virtuel lu au virtuel vu et quasiment vécu...Au terme de cette partie sur les mythologies on se rappellera que, pendant des millénaires, les mythes toujours reformulés ont été transmis oralement, de bouche à oreille, personnalisés et très tardivement écrits et étudiés voire même scrutés (cf. la sémiologie).
Les dictionnaires des langues imaginaires d'après Tolkien sont bien connus sur la toile et c'est dans l'un d'eux, traduisant des mots français, réédité récemment, que j'ai trouvé très bizarrement, une correspondance entre le mot 'mère' et non seulement son origine hébraïque voire mésopotamienne mais aussi une certaine origine latine !
Voici ce qui est écrit : "mère : amillé (forme polie), amil (forme apocopée), amil- (préfixe, en composition (en langue quenya), amel (emil) (en langue sindarin), ammî (en langue adunaic)"; et avec le pronom personnel qui précède le nom (du moins c'est ce qui semble vouloir être noté) "ma --" , la traduction "emilinya, emya (en langue quenya )" auquel est ajouté l'annotation suivante "voir maman, génitrice" ce qui confirme l'attribution.
Cet imaginatif et prolixe Tolkien ne put probablement se détacher totalement de ses connaissances philologiques comme de sa langue maternelle (!); l'on verra en effet que la mère et plus généralement le parent est, chez les hébreux et dans la Bible, à l'origine de notre nom antique là encore en filigrane, tout comme Emile, Emilie sont de purs produits chrétiens et latins de notre nom moderne, un nom enfin tout aussi antique par son origine romaine, pour nos langues actuelles.
(=> d'après la définition de 'mère' du "Dictionnaire elfique philologique de toutes les langues elfiques et pré-elfiques" T. II Lexique Français-Elfique, Fr. de Tournier de Brescia, 2014).
LE SIGNE DANS LE MYTHE mais aussi DANS LE SYMBOLE :
Car il faut dire que l'on n'en est pas resté à la vision binaire initiale de la sémiologie. Charles Pierce, second père de la discipline, a introduit avec la notion de signe, celles de symbole et d'icône. Les signes ne seront plus alors seulement binaires (signifiant, signifié) et la signification prend sens véritablement lorsqu'il y a présence de l'interprétant et de comment celui-ci interprète le signe, suivant sa formation, son pays, son groupe social, son éducation, sa culture etc... Il y a alors une relation ternaire avec le signe, celui qui l'interprète et la signification qu'il lui donne. C'est dans cette relation signe-interprétant qu'il faut voir le symbole, il est ce signe. La fonction symbolique se trouve alors à la base de la culture et les cultures sont tissées de symboles, ils sont les moyens de communication ces fameux signes objet d'étude de la sémiologie. C'est pourquoi la seconde partie qui suit de ce chapitre me semble tout autant utile pour la connaissance de notre nom.
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