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Stantes in curribus Aemilianos
S'il y a une seule citation dans mes introductions qui mérite vraiment une explication c'est bien celle-ci.
C'est le poète Juvénal (~ +60- +140) dans ses satires (Satire VIII) qui écrit dans un de ses traits destiné à un certain Ponticus qui ne se grandit pas par ses moeurs, ces mots relatifs aux anciens, mais il est nécessaire de les replacer dans ce qu'explique l'auteur et qui peut être traduit élégamment (et ce n'est pas de moi) ainsi : Qu'importe une illustre naissance, Qu'importe d'étaler avec magnificence, De ses aïeux rangés dans un ordre pompeux, Les antiques portraits, les titres fabuleux, Les Aemiliens debout sur leur char de victoire , Lorsque de ces héros, noircis par la fumée, L'opprobre de tes mœurs flétrit la renommée ? On conservait en effet les images des ancêtres dans des armoires; images de cire, les jours de fête publique ou familiale on les exposait dans le vestibule de la domus. Des guirlandes de fleurs partant de la 1ère de ces images, souche de la famille, allaient se poser successivement sur toutes les suivantes et, par leurs ramifications, les embrassant et les enchaînant entre elles omme le font les générations, elles formaient en un certain ordre ce que nous appelons un "arbre généalogique". Il ne s'agit donc là que d'une référence voire une déférence aux anciens (il cite aussi les Scipions par ex.).
Mais le même Juvénal pouvait être directement cinglant; la Satire précédente (VII) parle directement d'un Aemilius qui, dans les années 124 à 128 était un avocat, noble et célèbre certes, et riche aussi, mais assez imbu de lui-même et qui n'hésitait pas à se faire une publicité gratuite (mais in fine payante!); voici ce qui dit Juvénal sur lui en résumé: Il est plus payé pour ses services parce que ses clients sont impressionnés par une statue élevée dans l'atrium de sa demeure devant lequel le regard de ses visiteurs et futurs clients était immanquablement attiré lesquels en étaient en quelque sorte subjugués : Statue qui le représente en cavalier, ce qui est ridicule pour un avocat. Mais ce que reproche surtout le poète à cet homme de loi n'est pas tant sa réussite ou même cette représentation statuaire incongrue ou comme on dit de nos jours 'inappropriée' mais plutôt d'avoir donné de lui une image en complet décalage de sa réelle position sociale, une image honteusement empruntée à la renommée de la tradition, puisqu'il ne fut sans doute jamais chevalier. Car cette qualité équestre, qui représentait un ordre social ouvrait la voie au cursus honorum militaire et politique qu'il n'eut apparemment pas. On ne rigolait pas avec l'ordre, quel qu'il soit !

Survivance des vieilles familles patriciennes :
Les familles patriciennes romaines d'antique mémoire vont essayer de survivre au profond remaniement provoqué par le changement de l'Empire. Succédant aux périodes de la république dans laquelle le patriciat fit progressivement de la place à la plèbe et dont furent plusieurs aemiliens, elles durent s'effacer devant les nouvelles familles parvenues aux honneurs grâce aux empereurs. Elles connurent une dépérissement soit brusque soit progressif et quelquefois aussi un rétablissement, souvent provisoire sous le régime impérial.
- Les Lepidii dont Tacite put dire qu'elle fut féconde en bons citoyens (Annales, VI, 27) gardera quelque gloire sous les premiers empereurs. Les deux petits-neveux du Triumvir de la fin de la République furent consuls; l'un d'eux fut même jugé "capable de gouverner l'Empire" (Annales, I, 13). Un autre Lepidii, pauvre, demeure "honorable dans sa pauvreté" (Tacite, Annales, III, 32); mais ce sont surtout les femmes qui périront l'honneur de la gens Aemilia, voir plus bas," Tacite et les Aemilii.". En 39 Marcus Aemilius Lepidus petit-fils d'Auguste quand même, sera lamentablement mêlé à toutes les infâmies de Caligula; il conspirera de plus contre lui avec Aggripine et Julie et aura finalement la tête tranchée ! (Suétone, Claud. 24,36; Tacite, Ann. XIV, 2).
- Les Scaurii d'illustration plus récente surent s'élever depuis très bas (un ancêtre fut simple marchand de charbon). Un Aemilius Scaurus fut pris et gracié à Actium et son petit-fils, Mamercus Scaurus, orateur et poète, fut accusé sous Tibère de lèse-majesté, d'adultère et de sortilège, il se tuera en l'An 34 (Tacite Ann. VI, 29); il fut le dernier de cette lignée (Sénèque Suasor. I, 56).
- Les Paulii eurent Aemilius Paulus qui reconstruisit la fameuse Basilique Aemilia...et peut-être un certain Sergius Paulus, qui fut gouverneur de Chypre vers 50-55, converti au christianisme par St Paul qui lui emprunta le nom, et qui a pu devenir ce saint évêque de Narbonne de même nom, du temps où l'apôtre des gentils a selon certains évangélisé (pour son temps) la Narbonnaise (voir cette question).
(=> "les Césars" T. II appendice sur les familles romaines Cte de Champigny; Bray, Paris, 1859).
LES JULII, LES AEMILII et la famille d'AUGUSTE (fin Ier S. av. JC. - 1er S. ap. JC.):
La gens Julia est liée à la famille augustéenne, on sait qu'Auguste est le petit-neveu de César (la 2ème soeur de Jules est la grand-mère d'Auguste) et se confond avec elle. Auguste eut plusieurs épouses et, de Scribonia, il eut une fille unique,Julie. Cette Julia fut la honte de la maison impériale (orgies, complot peut-être) si bien qu'il l'excluera de son mausolée et de son testament! Mais cette Julie eut une descendance; avec son 3ème époux, Tibère (les deux premiers étants morts ?!) elle eut cinq enfants: les deux fils aînés, tenant de leur mère, vaniteux et arrogants, pervertis meurent jeunes, mais le 2ème, nommé Lucius Caesar (-17 à +2) fut fiancé à ...une Aemilia Lepida. Cette descendance s'arrête là!
Une 2ème Julia, fille de la 1ère, épousera, elle, Lucius Aemilius Paullus. Mais elle aussi, héritera des vices de sa mère (adultère, un bâtard avec Silanus...) elle finira exilée sur l'Ile de Trémère en +9, où elle mourra en +28. On pense que c'est elle que célèbre pourtant Ovide sous le nom de Corinna. Elle a quand même donné naissance à un fils et une fille légitimes: Marcus Aemilius Lepidus et Aemilia Lepida.
Aemilia Lepida épousera Junius Silanus et en eut 3 enfants, puis se remaria avec Drusus, fils de Germanicus (on sait que ce dernier fut le fils de Tibère (Tiberius Nero), lui-même fils adoptif d'Auguste, fils de sa soeur Livie.
Ces relations familiales julio-augusto-aemiliennes s'éteindront enfin avec l'empereur Néron (heureusement finalement) en +68.
TACITE parle des AEMILII :
Le grand historien romain Tacite parle beaucoup des Aemilii dans ses Annales. La famille ou gens Aemilia est citée dans Ann. III, 22, 24, 72 et dans Ann. VI,29; il dit qu'elle est d'un sang fécond en excellents citoyens et ceux de cettte famille qui eurent des mœurs corrompues fournirent du moins une brillante carrière. Il parle plus particulièrement de certains membres tardifs de la gens :
- Aemilia Lepida : Outre son honorabilité lui venant de son gentilice, elle eut de plus L. Sylla et Cn. Pompeius pour aïeuls, mais elle fut mise en accusation pour divers crimes (Ann. III, 22). Elle fut défendue par Manius Lepidus son frère et Quirinus, son mari, la répudia dans un premier élan, mais finalement lui donna sa compassion. (Ann. II 22, 48). Lors de son procès le feu et l'eau lui sont interdits (l'ordalie ?) (Ann. III, 23). Enfin Tibère révèlera qu'elle avait cherché à empoisonner son mari !
- Aemilia Lepida : fille de Lepide qui avait épousé le jeune Drusus et qui, par ses nombreuses accusations, avait causé sa perte; elle est accusée d'adultère et, sans même se défendre, se suicidera (Ann. VI, 40).
- Aemilia Musa : cette riche et honnête dame meurt sans descendance ni testament; les intendants du fisc revendiquèrent sa succession vacante par une espèce de droit d'aubaine. Les biens importants qu'elle laisse seront finalement attribués à un Aemilius Lepidus par l'empereur Tibère, cet héritier présomptif étant semble t-il de la même maison, de la même gens. (Tacite, "Ann." II, 48).
- Aemilius Pacensis : Tribun des Cohortes Urbaines il est cassé de ses fonctions par l'empereur Galba (Hist. I, 20) Othon le réintègrera et lui confiera la direction de l'expédition contre Vitellius (Hist. I, 87). Mais les soldats se révoltent et le mettent aux fers (Hist. II, 12); il meurt massacré (Hist. III, 73).
- Le Palais d'Aemilius Scaurus : alors habité par Tigellinus, est le foyer d'un incendie dont les Annales se souviennent (Ann. XV, 40). Mais Tacite fait là une erreur manifeste (voir plus bas l'article sur l'incendie de Néron) !
On trouve aussi dans ces Annales des personnages secondaires comme Aemilius, Primipilaire, un soldat qui traverse le Visurgis (Ann. II, 11) et parvient à dégager les Bataves attirés dans un piège par les Chérusques; un autre militaire Aemilius témoin à charge dans le procès de Votienus Montanus où il délivre une pénible vérité, et qui, quoi qu'on fasse pour l'interrompre, est imperturbable, persévère dans ses déclarations avec la plus grande obstination (Ann. IV, 42). Son nom exact fut Paullus Aemilius D. f., il est cité sur une inscription (CIL X. 3881) et lui aussi fut deux fois Primipilaire puis envoyé en Germanie en +16, il participa à la campagne contre Arminius. De rang équestre il fut tribun de cohorte. C'est alors qu'il est encore en fonctions qu'il fait ce témoignage accablant, révélant publiquement à Tibère les calomnies qui se propageaient sur son compte. Enfin c'est son affranchi Senecio qui l'honore à Capoue, la ville dont il était originaire.
Aemilius Longinus, encore un militaire, mais déserteur de la Ière Légion, il est envoyé par Classicus pour égorger Dillius Vocula (Hist. IV, 59) mais est tué à son tour (Hist. IV, 62); cet acte d'égorgement permit de corrompre les légions : celles-ci étant sans guides, elles furent obligées de prêter serment à l'empire. Lors de cette cérémonie, Aemilius Longinus fut récompensé par son élévation aux premiers grades militaires; cela se passait dans les légions installlées en Germanie (Cologne & Vetera), sous le règne de Vespasien (fin 69, début 70), mais les Germains se révoltèrent et deux légions en furent prisonnières.
Il y est parlé aussi des vieux temps de la République :
- Aemilius Mamercus : avec Valerius Potitus il forme le premier couple de Questeurs de Rome, seulement 63 ans après l'expulsion des rois soit en -446 (Ann. XI, 22).
Il faudrait encore ajouter les relations sur les Lépides dont :
- Marcus Aemilius Lepidus : celui qui, aux dires du 1er empereur, Auguste, méritait l'Empire (Ann. I, 12); il demandera au Sénat que la Basilique de Paulus, monument insigne des Aemilii, soit restaurée et rétablie à ses frais (Ann. III, 72).
- Domitia Lepida : Tante de Néron et mère de son épouse Messaline, deux personnages de triste mémoire !
Sans oublier les Scaurus dont :
- Aemilius Mamercus Scaurus, oncle et beau-père de Sylla qui fut l'orateur le plus fécond de son temps (Ann. III, 31); accusé de lèse-majesté puis seulement d'adultère avec Livie, de consultation de magiciens, il devancera sa condamnation certaine d'une manière digne de ses aïeux aemiliens : son épouse Sextia l'encouragera à se donner la mort et la partagera avec lui ! (Ann. VI, 29).
Et les Paulus :
- Aemilius Paulus Macedonicus surtout (Ann, XII, 38) mais aussi ce Paullus Venetus, centurion qui s'engage dans la conjuration contre Néron (Ann. XV, 50).
Et tant d'autres.....
(=> "Oeuvres de Tacite" T. VII Index, Paris, Panckoucke, 1838).
L'INCENDIE DE NERON (IerS):
On trouve la description de cet énorme incendie dans le Livre XV des "Annales" de Tacite (15, 38 à 15, 40):
Apparemment le feu partit du Cirque tenant au Mont Palatin et à l'Esquilin, feu que certains nourrissaient dit Tacite pour que sa propagation fut un grand désastre pour Rome et ses habitants. Néron qui était à Antium n'en revint que lorsque le feu fut à son Palais, le fameux Palais Doré. Il donna le change en ouvrant au peuple le Champ de Mars, ses jardins et les monuments d'Agrippa. Il fit bâtir des abris, réquisitionner des meubles d'Ostie, baisser le prix du blé, mais tout cela ne put masquer son ironique attitude à ce sujet. Après six jours d'incendie le feu sera enfin arrêté. Mais il reprit, et ce dernier embrasement attira d'autant les soupçons qu'il était parti cette fois d'un maison celle de Tigellin dans le quartier de l'Aemiliana. On crut que Néron avait par là voulu exécuter un de ses rêves idiots, celui de reconstruire sur les ruines de Rome, une ville nouvelle à laquelle il aurait bien entendu donné son nom. Le bilan par régions de Rome (arrondissements) fut édifiant : sur 14 régions seules 4 restèrent intactes, 3 furent totalement brûlées, 7 n'offraient que des vestiges de bâtiments en ruines (constructions en dur).
Un AEMILIUS aux THERMES :
Les romains passaient souvent une grande partie de leur journée aux thermes; ils y mangeaient même tout en y réglant leurs affaires ou discutant de tout et de rien. Il y avait pour cela outre les bains, de nombreuses buvettes dans ces établissements de délassement. Voici ce que dit le poète Martial qui vivait dans la 2ème moitié du Ier S. : "In thermis sumit lactucas, ova, lacertum, et cenare domi se negat Aemilius" soit : 'Aux thermes, on voit Aemilius prendre de la laitue, des œufs, du poisson ! Il prétend qu'il ne dîne pas chez lui' (sous-entendu il nous fait croire par là qu'il est invité tous les soirs) !! (Martial, "Epigrammes" XII,19). Même les poètes pouvaient donc se permettre de railler de grands personnages sans qu'une censure vienne les en empêcher !
Le PROCES pour MAGIE d'APULEE :
Apulée était originaire de Madaure, près de l'actuelle Constantine (Algérie) où il nait vers 125. Il s'initiera en Grèce aux différentes philosophies mais aussi aux Mystères, divinations et magies diverses. De retour dans son Afrique du nord natale, il devient rhéteur, avocat à Carthage, mais aussi conférencier et prêtre du culte impérial. Il sera surtout connu et son nom retenu pour avoir été l'auteur d'une Apologie dans laquelle il aura à se défendre contre de graves accusations de sorcellerie qu'on lui impute. Que lui est-il donc arrivé? En route pour Alexandrie, il retrouva un ancien condisciple d'Athènes nommé Sicinius Aemilius. Tout citoyen romain de bonne famille allait en ce temps-là s'éduquer auprès des maitres grecs; c'était une obligation depuis la fin de la République que de connaître cette belle culture. Et de fil en aiguille Apulée fut amené à faire la connaissance d'une veuve, la mère d'Aemilius. D'après lui c'est même son fils qui lui suggéra d'épouser sa mère, la riche Podentilla, car veuve d'un riche Aemilius, habitant Oéa, en Tripolitaine (Lybie). Il raconte ensuite comment ce mariage lui valut de la part des héritiers aemiliens l'accusation de magie, d'ensorcellement de la veuve pour s'emparer de ses biens, il aurait capté son amour par des pratiques de magie érotique. Et le procès eut effectivement lieu sous le règne d'Antonin, entre 148 et 161. Son pladoyer, étant avocat il se défend lui-même, fut mis par écrit après coup, c'est un des plus passionnants parait-il pour l'histoire particulière de la magie et un échantillon presque unique de l'éloquence judiciaire sous l'Empire Romain. (cf. "Apulée : Apologie" traduction de Paul Valette; Les Belles Lettres, Classiques en poche).
En traduisant le rhéteur africain devant le tribunal du Proconsul C. Maximus à Sabratha en 157-158, ses ennemis aemiliens contribuèrent à léguer à la postérité d'utiles informations. Pour ce qui nous concerne plus particulièrement, cette Podentilla était, dit-il une "locupletissima femina" (Apol. XCII, 3 & XCI, 7) très riche dame que l'on pense parente d'Aemilius Frontinus, consul suffect entre 164 et 168, proconsul d'Asie sous Commode (cf. Corbier 1982, p.727-728) dont un texte lacunaire rappelle ses donations à la cité, la construction d'un temple au Génie de la Colonie, le legs d'un million de sesterces pour offrir des sportules aux citoyens, des jeux ... Apulée estime la fortune d'Aemilia Pudentilla à quatre millions de sesterces et sans doute plus (Apol. XX, 6). Lors de son mariage avec Aemilius, il dit encore que sa dot avait été de 300.000 sesterces (Apol. XCII, 3); sa fortune se composait d'argent (pecunia), d'esclaves (mancipia) dont elle donna une partie à ses enfants, de domaines produisant blé, orge, vin et olives, d'une domus confortable avec vue sur la mer à Oéa, et de villae (Apol. XCIII, 4 & XXII, 6). Enfin Aemilia Pudentilla possédait aussi des terrains (agri) situés à 100 milles de son principal domaine ! Elle gérait seule ses biens avec compétence, même si elle dut demander le consentement d'un tuteur pour acquérir un hérédolium ( bien, héritage) qualifié quelques lignes plus loin d'agellum (champ), d'un montant de 60.000 sesterces. Elle vérifiait les comptes de ses fermiers (ullici), des bouviers (upsilones), des palefreniers (équisones), toutes ces activités étant faites sollertissimo, avec la plus grande maîtrise. Elle offrit des sportules aux gens d'Oea pour 50.000 sesterces lors du mariage de son fils aîné, Portianus, et de la prise de la toge virile du cadet (Apol. XXXVII, 7 à 10). Voilà la description exceptionnelle d'un très bon parti marital qui justifie l'inquiétude de ses enfants à la voir se remarier ! Portianus essaiera de l'inciter à se remarier à un lointain parent pour que la fortune ne s'envole pas; pourtant ce remariage avec Apulée semble plutôt la preuve d'un bon jugement de sa part (cf. Fantham 1995 pp. 220-232). Apulée charge celui qu'il connait le mieux parmi ses détracteurs, Sicinius Aemilianus: Comme ceux de sa famille, il n'a jamais sacrifié aux dieux, n'est jamais entré dans aucun temple, il n'y a dans ses propriétés aucun bois sacré, aucun temple domestique, pas même une pierre ointe; il l'accuse d'être avec les siens de ces chrétiens dont le culte est interdit: il ajoute que c'est pour ces raisons qu'on lui donne deux surnoms : Charon à cause de son humeur farouche et Mézence à cause de son mépris pour les dieux. (cf. "Histoire de l'établissement du christianisme..." J. B. Bullet, Besançon, Fantet, 1764). Ce détail important pourrait expliquer d'autant les causes profondes de ce procès, non pas seulement mercantiles mais religieuses.
Pour nous le "Pro se de magia" est surtout un vrai document exceptionnel qui permet de discerner l'action propre des femmes romaines dans la vie économique et sociale de l'empire, action nécessitée par la défense et la production de leurs biens. Et elle ne fut pas sans doute la seule à pouvoir et devoir agir ainsi, bien que l'on sache que les "clarissimes" femmes qui résidaient habituellement à Rome laissaient la plupart du temps la gestion de leurs domaines à des intendants qu'elles ne pouvaient guère surveiller. Était-elle de droit romain, descendante d'italiens installés suite au droit de conquête ou sa famille avait-elle acquis la citoyenneté par des liens familiaux, ou romanisée alors que la plupart de ceux qui résidaient en Afrique avaient un statut de pérégrins au IIème S., ils étaient possiblement chrétiens en un temps où il ne faisait pas bon de l'être, en tous cas si on appartenait à la plèbe, ce qui, visiblement ne fut pas leur cas. (=> "Aemilia Pudentilla : or the Wealthy widow's choice" Em. Fantham; Hawley & Lewick, 1995. "Les dames et la terre dans l'Afrique Romaine" art. courriel de Cl. Briand-Ponsart in "Dossier : Les élites locales et la terre à l'époque romaine" Vol. 19, 2003/1).
Une VILLA et une INSCRIPTION FUNERAIRE à VINTIMILLE :
La villa d'un Aemilius a été découverte à Ventimiglia cette ville littorale, de nos jours à la frontière entre l'Italie et la France. J'ajoute ici un autre témoignage en ce lieu, celui de la base d'une statue funéraire conservée au Museo Civico Archeologico Girolamo Rossi de la ville : en pierre calcaire de La Turbie et datée de +136, son inscription relate la carrière du défunt Marcus Aemilius Bassus, citoyen d'Albintimilium (Ventimiglia) qui appartenait à l'ordre équestre; était-il propriétaire de la villa ou de la même famille, mystère !
EPITAPHES FUNERAIRES citant des AEMILII :
On ne peut décrire toutes les épitaphes recueillies autour de la Méditerranée concernant des Aemiliens. Mais elles sont importantes pour circonscrire les régions où le nom fut bien présent, les villes où certains s'illustrèrent, possédèrent quelque villa, furent viticulteurs, producteurs d'huile, exploitants de mines, industriels, commerçants, artisans ou simples citoyens, voire des esclaves affranchis...
* Dom Bernard de Montfaucon, savant bénédictin audois, inventeur de l'archéologie, de l'histoire vérifiée par les "monuments du passé" comme l'on disait au XVIIème S., cite dans le supplément à "L'Antiquité expliquée et représentée en figures" une urne dédiée à une Emilia (selon sa traduction très française) surnommée Phyllis dont l'épitaphe est très élogieuse : Emilia Phyllis dont la prudence surpassait son sexe et son âge. C'est son infortuné père qui l'a fait pour elle...pour tous les siens et pour leurs descendants; et cette fille si honorée est représentée sur les côtés de l'urne. Mais Dom Bernard ne signale pas d'où vient cette urne ni son époque... ce genre de détails ne rentrera en ligne de compte que plus tard.
* Voici celle dédiée à L. Aemilius Hippolytus trouvée à Tarragone décrite dans le Corpus des Inscriptions latines II et portant le n°4319 : A L. AEMIL(ius) HIPPOLYT(us) mort à 97 ans Q(ui) FUIT NATIONE GRAECUS (de la nation grecque); son monument funéraire est élevé COLLIB(erto) ET EDUC(atori) par L. AEMIL(ius) ENHODUS par son co-affranchi (donc du même maître et éducateur).
* Dans la Creuse, au Moutier d'Ahun, fut trouvée cette inscription depuis attribuée au Musée de Guéret; c'est un simple morceau lacunaire d'une grande inscription qui indique (reconstituée approximativement) : Aux dieux mânes et à la mémoire de ...Aemilia...., sa femme, et de Philumenes, sa fille. Aemilius...[a de son vivant fait construire ce tombeau]. Les épitaphes commencent toujours par la référence aux dieux mânes des morts de la famille, c'est le sens des deux lettres D.M. qui figurent au-dessus des textes dédicaçant le monument. (cf. T. XIII des Mém. de la Soc. des Antiquaires de l'Ouest, 1890; Poitiers, Druinaud, 1891).
* Par contre voici une inscription complète citant de plus toute une famille, de la région d'Aix-en-Provence, ville qui fut un foyer d'Aemiliens; elle figure sur une cippe du IIème S. et dit : A SEXTUS AEMILIUS PAULLUS son père, à AEMILIA REGILLA, fille de QUINTUS, sa mère, à SEXTUS AEMILIUS PAULLINUS son frère, à T. AEMILIUS BURRUS son frère, C. AEMILIUS VASTUS, aux siens. Cette longue épitaphe est insérée dans le Corpus CIL XII avec le N°537.
* Autre métropole régionale connue pour avoir eu un autre foyer d'Aemiliens, Nîmes, la Rome française comme la nommèrent les vieux historiens. C'est aussi sur une cippe, qui date soit du règne d'Antonin le Pieux soit de celui d'Hadrien, découverte seulement en 1976 que l'on peut lire : D. M. A L.(ucius) AEMILII ASYNCRITI, L(ucius) AEMIL(ius) HONORATUS ET L(ucius) AEMIL(ius) CORNELIAN(us) PATRI OPTIM(o). Curieusement une autre citant les mêmes mais qui lui est antérieure a aussi été répertoriée.
Ces épitaphes sont une richesse d'indications sur la société : Outre les invocations aux dieux, souvent locaux, à une éventuelle dignité sacerdotale, aux références impériales, à l'appartenance à une formation militaire, on y trouve si c'est le cas les fonctions politiques et administratives, les dignités civiles et fonctions religieuses, ou simplement les qualités ordinaires de citoyen, affranchi, libertus, le nom de la cité auquel le défunt appartenait avec le nom de la tribu auquel il était affecté, sa colonie, décurie, "incolae", municipe, ordo, pagus, sa position sociale, patronus, sa "res publica". Cela pour sa situation romaine mais il pouvait aussi y avoir sa position plus indigène : nom du peuple, civitas, gens, et la toponymie est aussi à remarquer. Sur un autre registre on pourra noter l'appartenance à un collégium, des sociétas, sodales....Enfin c'est une mine de renseignements pour mieux appréhender la vie locale dans l'Empire.
Les MONNAIES & DIPLOMES MILITAIRES et les AEMILII de l'EMPIRE :
C'est un autre moyen pour connaitre (en nombre moindre) des Aemilii; les romains frappaient des monnaies pour toutes les occasions mais elles étaient toujours datées; bien que ne concernant que des personnages ayant une fonction ou une position sociale supérieure, elles sont aussi un témoignage de la famille aemilienne, vue bien sûr, encore une fois, dans une large acception. Les diplômes militaires, comme de nos jours, certifiaient et valorisaient ceux qui en étaient pourvus. Voici quelques monnaies ou titres militaires des temps impériaux trouvés dans le Corpus Inscriptorum Latinarum XVI:
- Du règne de Trajan : "...M(arci) Aemili Ca(p)itonis Ve(terani) leg(ionis) I..."
- De celui de Vespasien : "....Aemilio Cicatricula co(n)s(ulibus) sint immunes..."
- De celui de Domitien : "sub Cn(aeo) Aemilio Cicatricula Pompeio Lon / cino qui quina et vicena stipendia..."
- Encore de Domitien : "...Q(uinti) Aemili Soterichi....". On peut noter ici que l'épouse de Domitien, Domitia, fut auparavant l'épouse d'un Aemilianus.
- De celui de Trajan : "...sub Cn(aeo) Pinario / Aemilio Cicatricula Pompeio Longi / no..." ; "...Q(uinti) Aemili Soterici...; "M(arcus) Aemilius / ex equit(e)...."
- De celui de Marc-Aurèle : "...L(ucio) Aemilio Front co(n)s(ulibus) coh(ortis) III..."
- De Marc-Aurèle et Commode : "...Aemilio Severo Cantabrino co(n)s(olibus)..."
- De celui de Gordien III : "...Fulvio Aemiliano co(n)s(ulibus) / coh(ortis)..."
- De celui de Philippe : "...sub Aelio Aemiliano pr(aetorio)..."
- De celui de Dèce : "...Ful(vio) Aemiliano II...co(n)s(ulibus)..."
- De celui de Nerva : "...M(arcus) Aemiliu(s) Bassus..."
- De celui d'Antonin Le Pieux : "...Aemiliano Iuliano co(n)s(ulibus)..."; "...M(arco) Barbio Aemiliano...co(n)s(ulibus)....
Quelques membres de la TRIBU AEMILIA connus sous l'Empire :
Les cités de l'Empire ont reçu des affectations tribales comme je l'ai déjà dit. L'épigraphie livre dans les nomenclatures l'appartenance à la tribu. Voici quelques monuments concernant la Tribu Aemilia :
- Une inscription grecque découverte au XVIIIème S. près de l'Isthme de Corinthe en Grèce est dédiée à la Patrie et à ses dieux par P. Licinius Priscus Juventianus, de la tribu Aemilia; pontife perpétuel, ce riche personnage local fit construire tout un ensemble de temples, habitations pour la célébration des Jeux Isthmiques, comme on le fait de nos jours pour les Jeux Olympiques !
- Dans la région de Tripoli, en Lybie, une délibération des juifs de Bérénice, du dernier siècle avant notre ère, gravée sur une colonne de marbre de Paros et érigée en un endroit visible de l'amphithéâtre de la ville, louait un certain Marcus Tittius, fils de Sextus, de la tribu Aemilia; ce personnage était le Préfet de Tripoli, et la communauté juive voulait ainsi le remercier pour sa façon de traiter les affaires publiques en homme intègre et humain, sans doute surtout à leur égard.
- A Narbonne fut trouvée une inscription à L. Aufidius Vinicianus Epagatinus, de la tribu Aemilia, un chevalier romain originaire de Fundi (d'où cette affectation tribale) dédiée aussi à son épouse et affranchie Olia Nice; cet homme fait l'objet de récentes recherches onomastiques afin d'établir outre des connexions familiales et sociales, ses relations socio-économiques en Italie et en Narbonnaise au début de l'Empire, et d'illustrer autant la mobilité que l'ascension sociale sur ces deux rives de la Méditerranée.
- Enfin un décret de Kymé (ville côtière d'Eolie, en Asie Mineure), texte gravé sur le marbre et daté de 14 de notre ère décerne tout un ensemble de louanges et d'honneurs à L. Vaccius Labeo, de la tribu Aemilia, gymnasiarque de profession (administrateur du gymnase, charge religieuse alors, le gymnase étant bien le lieu d'entrainement des athlètes) ; cet ami et bienfaiteur de Kymé reçut une couronne d'or, on lui éleva des statues dont une chryséléphantine et un relief de bronze à son effigie sur un bouclier d'or; à sa mort ses funérailles sur l'Agora locale rappelèrent ces distinctions et il fut enterré dans le gymnase même le 20 du mois de Phratrios en grandes pompes.
AEMILIUS PARTHENIANUS :
Historien il a fait une étude de tous ceux qui aspirèrent à la tyrannie. Il semble, par les personnages qu'il cite comme par ceux qu'il ne nomme pas, qu'il ait vécu après 175 et avant le règne de Vespasien.
Le MIMOGRAPHE AEMILIUS SEVERIANUS : (complément sur le mime de l'article de la page 'autres romains de l'empire I') :
Le mime antique n'a que peu à voir avec le mime que nous connaissons; c'est alors plus du théâtre que des gestes. Venant de Grèce ce jeu théâtral consistait à imiter des personnages ou des caractères humains et se donnait en prose; les mimographes puisque ces mimes étaient écrits et parlants utilisaient la langue populaire; le plus célèbre de ces écrivains fut Sophron. L'acteur mimant étant le planipède, car les représentations de celui-ci se faisaient pieds-nus sur la scène. On voit apparaitre le genre à Rome à la fin de la République mais on ne connait que huit mimographes pour toute la durée de l'empire; l'un d'eux se nommait Aemilius Severianus.
AEMILIUS BLOSSIUS DRACONTIUS :
Il était avocat à Carthage; il fut l'un des poètes les plus connus et aux accents vraiment lyriques de la période de la décadence romaine.
Un AEMILIUS et le DIEU ALBURNUS :
Les romains collectionnaient les dieux; leur panthéon admettait les dieux hérités de nombreux peuples, à commencer par leurs dieux domestiques, les dieux venant de la Grèce, ceux d'Egypte qui eurent un peu plus de mal à s'imposer à Rome, et sous l'empire un nombre incalculable de dieux locaux. On a vu que les Aemilii participèrent à leur culte durant la République, construisant et vouant des temples. Tertullien qui est un auteur chrétien, faisant l'histoire de ce paganisme incroyable, parle dans son Apologétique (Chap. V du Livre I) de la règle qui voulait, dit-il, que tout culte nouveau ait reçu l'autorisation du Sénat pour pouvoir s'exercer, selon un "vieux décret". Et à l'appui de son assertion il cite le cas d'un général, Marcus Aemilius, mais on ne sait pas lequel exactement (apparemment le même dont parle Valère Maxime), qui l'apprit sans doute à ses dépens lorsqu'il voulut, sur le champ de bataille et en reconnaissance de sa victoire, consacrer un temple à Alburnus; il est vrai que cet Alburnus était en réalité le Mont Alburne, en Lucanie, déjà élevé à ce rang divin avant cette tentative de reconnaissance officielle !
La marque AEMIEL :
A Narbonne fut trouvée la marque AEMIEL sur l'anse d'une amphore (CIL XII n°5683) qui selon les spécialistes des poteries antiques Dressel & Hirschfeld peut être celle de la véritable marque AEM IEL qui se rencontre souvent sur des amphores à Rome (ex. CIL XV n° 2961) et là on sait qu'elles désignent un célèbre potier du nom d'Aemilius Héliodorus qui s'abrégeait sur la marque incrustée dans l'argile ainsi. Ce nom fut trouvé aussi au Portugal sous la forme différente de AEMHEL; elle apparait enfin sur de simples matériaux de construction à Balsam, il peut s'agir toutefois d'un autre.
NB : Il n'y a pas lieu de voir avec ce nom abrévié un ancêtre onomastique du patronyme moderne Amiel, bien évidemment.
Mais il nous faut rendre visite bien plus précisément à nos lointains aemiliens de la péninsule italienne ainsi qu'à ceux et celles des provinces occidentales, qu'ils soient gallo-romains, hispano-romains voire nord-africains....En route !
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