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Alice Amiel correspondante de Sully Prud'homme * Mme Amiel marraine de Louis Pasteur * Jean-Maris-Casimir Amiel banquier à La Réunion * Louis Amiel et Déodat de Séverac *


ALICE AMIEL Correspondante de SULLY PRUDHOMME
En 1865 Sully Prudhomme n'a que 26 ans; il est clerc de notaire et fait des études de droit; il publie quand même son premier recueil de poésies "Stances et Poèmes". La même année pendant les vacances il est présenté par son camarade et ami intime Léon Bernard-Derosne à la famille Amiel, vous savez celle d'Emile, l'ancien professeur de littérature de l'université de Paris, auteur de quelques ouvrages d'érudition; Mr Amiel a dû partir en Côte-d'Or pour reprendre la gestion de l'entreprise de son beau-père décédé, à Pouilly-sur-Saône; c'est près de là, à Seurre, que vivent désormais Mr et Mme Amiel. Le couple est versé dans la culture artistique et littéraire de l'époque, ils sont hospitaliers; à chaque époque estivale ils ont pris l'habitude de réunir chez eux un groupe d'amis, appréciant que ceux-ci amènent avec eux, à l'occasion quelque autre connaissance.
C'est dans un tel cadre que Sully fut reçu; il eut ainsi l'occasion de goûter la tranquille gaieté et le charme de leur intérieur, et la liberté de songer et de rêver. A la fin de son séjour il tomba malade; la sollicitude avec laquelle Catherine Alice Amiel le soigna le toucha vivement et fit même couler des larmes de reconnaissance aux yeux de sa mère veuve à qui il en fit part. Des relations s'établirent entre les deux familles et naturellement les Amiel s'intéressèrent aux débuts du jeune poète; on peut aussi affirmer que des relations quasi-filiales réunirent Sully Prudhomme et Alice Amiel, bien plus âgée que le jeune homme. Le poète trouva en eux des témoins dignes de confiance sur qui éprouver la valeur de ses créations; en effet Mme Amiel était douée d'une excellente mémoire, d'une intelligence prompte et souple, d'un esprit de terroir réaliste, logique et honnête; très franche et aussi spontanée dans son langage comme dans ses impressions, Alice Amiel, plus que Emile, était le critique idéal, celui dont le jugement annonce celui du public. Et Sully éprouva une satisfaction profonde à s'entretenir, par correspondance depuis Paris, avec cette dame remarquable, de ses réflexions, de ses projets, de ses idées sur l'art, le monde et la vie, ainsi qu'à méditer les jugements, aussi indépendants que sympathiques de sa correspondante fidèle. Et celle-ci se prêtait de bonne grâce à ses desseins. Nullement dupe de son rôle auprès du poète, voici ce qu'elle lui écrivit un jour : "Certes, je suis heureuse de lire les jolies choses que vous nous envoyez. Mais avouez que je suis un peu comme la servante de Molière, je vous donne le diapason pour vos lecteurs futurs", ce à quoi Sully répondit à sa façon, par l'impromptu suivant :
"Le métier des vers est si rude
Qu'il est doux de s'y faire aider,
Et j'ai vos conseils, d'habitude,
Madame, pour me seconder.
Du goût délicat qui les donne
J'aime et redoute la rigueur,
Mais les vers que voici, mon cœur
Les fait sans consulter personne.
Cependant ne les dédaignez !
Leur style, je vous l'abandonne:
Vous ne les avez pas soignés;
Mais la poésie en est bonne,
Et sans peur les voilà signés."
Leur correspondance fut régulièrement suivie jusqu'au décès de Madame Amiel, en 1881. Elle couvre la période allant de ses débuts à sa réception à l'Académie Française (1881). Une accession à la célébrité et à la gloire qui aurait été moins évidente et rapide sans les avis de Alice Amiel ? N'oublions pas ici que Sully sera vingt ans plus tard le lauréat du Premier Prix Nobel de Littérature en 1901.
Mais revenons à ces lettres écrites à Alice Amiel. Elles n'ont été publiées qu'en 1911 mais leur contenu permit rapidement de se faire une idée précise de l'homme et du poète. Elles sont abondantes, faciles, cordiales ou primesautières mais toujours d'une impeccable correction et élégance. Elles abordent au hasard des circonstances et de l'humeur, tous les sujets qui préoccupent l'esprit inquiet du poète, poésie bien sûr mais aussi critique littéraire, philosophie, art, sociologie, des échanges marquant d'un trait précis et ferme, sans atténuation, ce qu'il pense des choses comme des personnes; sobres mais pleines, n'avançant guère d'idée sans en déduire les raisons avec le scrupule du philosophe, ces lettres sont d'une lecture instructive et attachante. Elles nous font voir et comprendre les oeuvres et la méthode de Sully : la fécondité naturelle, l'aisance et l'agilité intellectuelle de l'écrivain, toujours tendu vers une concision mathématique, comment telle formule, telle épithète simple est le résumé d'analyses, de réflexion et de remaniements sans nombre. Elles nous font assister enfin à la genèse de ses productions, au labeur de sa pensée, au cisèlement de son travail si précis; mais on y voit aussi les angoisses de sa conscience, les réactions vives et douloureuses provoquées par les énigmes de la nature ou le choc des évènements du quotidien. Enfin elles mettent à nu l'âme du grand poète, celle d'un homme, d'un philosophe et d'un homme sincère, vrai; un homme souffrant dans son âme comme dans son corps, un travailleur opiniâtre forgeant patiemment ses vers, scrupuleux et sévère critique de son œuvre une fois achevée. Sans cette correspondance et sans Alice Amiel nous n'aurions jamais pénétré dans la profonde intimité de Sully Prudhomme, grand poète trop peu cité de nos jours.
(=> La correspondance inédite de Sully Prudhomme avec Alice Amiel a été publiée sous le titre de "Lettres à une amie (1865-1881)" par Emile Barthou, époux de la petite-fille d'Alice, au Livre Contemporain en 1911, et commentée dès la même année dans la Revue des Deux Mondes (T. VI) et diverses revues littéraires comme la Revue Politique et Littéraire (Vol. 49, 1911) cf. page compléments à ce sujet; le présent texte doit beaucoup à la communication faite à l' Académie des Sciences Morales & Politiques (Compte-rendu dans le Vol. 77 des séances, publié chez Félix Alcan en 1912 et à "Les heures comtoises de Sully Prud'homme" M. Thérèse Renaud, Archives Vivantes, Cabédita Ed., 2007).
N.B. : Il faut préciser qu'Alice Amiel fut parente de Louis Pasteur (cf. article ci-après).
Mme Alice AMIEL marraine de LOUIS PASTEUR - Pasteur et Sully Prud'homme :
- Comme la famille de Louis Pasteur, celle d'Alice est semble t-il aussi d'Arbois; il y a tout lieu de penser qu'il s'agit bien de Mme Alice Amiel encore. Une lettre publiée écrite par Louis à sa "Chère marraine" et traitant uniquement de considérations familiales a été publiée (lettre datée du 23 Août 1879 classée dans la publication de sa correspondance : T. III n° 105); apparemment elle semble avoir été plutôt la marraine de son frère Jean-Baptiste mais une habitude familiale sans doute la nommait ainsi.
C'est alors qu'il entrevoit et espère le mariage de sa fille Marie-Louise avec un jeune homme de très bonne famille que Louis Pasteur livre son sentiment à Alice Amiel; en savant averti, il cherche en vain la "plus petite ombre au tableau" mais n'en trouve (heureusement) pas : "Je cherche un revers avec une attention toute scientifique, les yeux armés d'une loupe, d'un microscope même. Comme soeur Anne, je ne vois rien venir." Et tout ira bien, le mariage tant désiré sera célébré le 4 novembre 1879, très rapidement donc après ces écrits.
Dans une missive (non publiée ?) écrite après ce mariage (1880 ?), toujours adressée à Mme Amiel, Pasteur note : "Je vais me remettre au travail avec une ardeur nouvelle. Ce sera ma manière de prier Dieu et de lui rendre mille actions de grâce pour avoir placé sur notre route ce cher et digne jeune homme qui sera un jour, et qui est déjà pour qui sait bien juger, une des gloires des lettres françaises." Si ce mariage a pu stimuler le savant dans ses recherches, on peut dire qu'il fut, en tous cas, la source d'un bienfait pour l'humanité, car, à la même époque, Pasteur était déjà plongé en effet dans l'étude des maladies épidémiques et infectieuses. (cf. "Pasteur" Pierre Darmon, Fayard 1995). Le gendre si aimé c'est René Valléry-Radot (1853-1933) qui fut en effet un homme de lettres et son biographe, descendant d'une illustre famille connue dès le XVIème S. et qui eut lui-même des descendants célèbres, dont son petit-fils, membre de l'Académie Française et de...l'Académie de Médecine.
Dans une autre lettre datée de 1884 (T. III n°415) Louis parle furtivement d'un Mr Amiel qui, lui, aurait habité Lyon; à cette époque-là Alice Amiel étant décédée (1881), il se peut fort que ce Mr Amiel désigne Emile Amiel, lequel devenu veuf a probablement déménagé à Lyon.
- Le grand scientifique et le grand poète, Pasteur et Sully Prud'homme se connaissaient assez bien : ils correspondaient et dans l'édition d'un volume de ses Poésies (1879-1888) on voit, par exemple, que Sully fit déclamer par une sociétaire de la Comédie Française un sonnet louant le savant lors de l'un des galas organisés à Paris (1886) pour soutenir financièrement l'Institut; ce poème intitulé "Le Nouvel Hercule" effectivement dédié à Pasteur évoque "sept travaux scientifiques" du génial chercheur vainqueur de maladies comme le fit le dieu coupant les têtes de l'Hydre, et il y tutoie même ce nouvel Hercule moderne, ce qui conforte cette relation probable. On sait enfin que bien que concurrents pour l'élection à l'Académie Française en 1881, ils furent tous les deux élus.
JEAN-MARIE-CASIMIR AMIEL Banquier à LA REUNION : Autre article sur lui voir autres I.
Sans doute parent des Amiel d'Aurignac, Aulon... de la région de St Gaudens (31), cet Amiel fut l'un des fondateurs et premiers actionnaires de la "Banque de la Réunion" dans la 1ère moitié du XIXème S. Le riche personnage qu'il devint l'incita au milieu du siècle à "faire œuvre pie" comme l'on disait alors en affectant une bonne partie de ses biens à des donations.
- Il tient par ex. à affecter des sommes par un legs à plusieurs paroisses de La Réunion. Ce legs est trop important pour pouvoir être accepté par les églises désignées et est donc impossible (1857). Il saisira toutes les juridictions jusqu'au Conseil d'Etat, lequel, en 1864, rend un arrêt se conformant à un décret rendu par l'Impératrice Régente Eugénie en 1859, qui autorise les Bureaux de Bienfaisance de Montaulieu, Aurignac et Aulon à accepter un premier legs de Mr Amiel mais à concurrence de la moitié prévue (soit quand même ~40.000 Fr.) pour les pauvres de ces communes. (cf. "Bulletin des lois civiles ecclésiastiques" G. de Champeaux T.17; Paris 1865). Il apparait que cette somme correspond déjà au tiers de ses biens. Il s'agit donc d'un nouveau legs qu'il avait décidé cette fois pour aider les pauvres de son île d'adoption et qui ne put être possible.
LOUIS AMIEL et DEODAT DE SEVERAC : (1825-1910)
Cet homme simple mais instruit, élevé à Sorèze, la prestigieuse et vieille école bénédictine tarnaise relevée par le père Lacordaire au début du XIXème S. était très attaché à son terroir Lauragais et, musicien, il tenait les orgues assez récentes de sa cité natale, celles de la collégiale de St Félix-Lauragais (31) installées en 1781. Il fut le 1er maître de musique du compositeur Déodat de Séverac, l'un des premiers élèves de la Schola Cantorum de Paris qui était son compatriote. Ce compositeur lui doit ses premières émotions et il en gardera une indéfectible dilection. Louis lui donna les bases du solfège et en reconnaissance Déodat lui dédiera en 1901 un chœur à trois voix d'hommes nommé simplement "St Félix" composé sur un poème en langue d'oc de Vincent Belloc, de Revel. Louis Amiel a lui-même notamment composé en occitan "La romance de l'Escabel" et a joué pour le maître des airs du folklore Lauragais dont le grand compositeur s'inspirera dans plusieurs de ses œuvres. Le brave homme nota même pour son ancien élève devenu célèbre ces chants populaires qu'il tenait probablement de son père, peut-être furent-ils aussi une commande du maître (cf. "La musique et les lettres - Déodat de Séverac" P. Guillot, Margada Ed. , Sprimont (Belg.), 2002). La chorale locale dénommée "La Lyre du Vent d'Autan" qui fut fondée par Déodat en 1904 eut dès sa fondation comme directeur Louis Amiel bien entendu. (cf. "Déodat de Séverac : musical identify in fin de siècle France" R. Waters, Ashagte Burlington (VT. Usa) 2008). Devenu quasiment indigent à la fin de sa vie, Déodat lui confiera du travail de copie musicale pour subsister.
Mais il se peut enfin que Louis Amiel ait été un lointain parent de Déodat. Les Séverac seraient les descendants d'un Séverius lieutenant de César et ils sont connus en Occitanie depuis le Xème S.. Possessionnés en Rouergue une branche est venue s'installer en Lauragais. En 1668, Germaine d'Amiel fille de Germain Amiel avocat en la cour de St Félix, épousa devant Jean Mahoux, notaire à St Félix, Gabriel de Séverac, seigneur de La Plagnole. Cette dame est l'une des ancêtres du compositeur; ses enfants furent Jean, co-seigneur de Maurens (en Lauragais), Anne, et Sébastien qui continua la lignée de cette branche de La Plagnole, branche aînée des De Séverac, de la 2ème lignée de seigneurs de ce lieu (cf. "Annuaire de la noblesse française..." Borel d'Hauterive; Paris, Dentu & Diard, 1860).
Plus d'un siècle et demi plus tard, l'un des descendants de Germaine d'Amiel épousera en 1825 une petite-fille du marquis Bertrand de Molleville, ministre de la Marine de Louis XVIII et inventeur du ciseau à tailler la vigne (! voir article sur Amiel, coutelier de Lézignan) : l'un des enfants issus de ce mariage sera Gilbert de Séverac né en 1834 lequel sera le père de Déodat. (cf. même source que ci-dessus).
Bien que la relation avec Louis Amiel ne soit pas établie, il y a tellement d'Amiel en Lauragais, on peut toutefois se poser la question d'une telle parenté, lointaine il est vrai, mais qui se retrouve en un même lieu, celui de St Félix.
Le peintre H. d'Alchimovitz brossa dès 1910 le portrait de Louis Amiel et l'offrit à la toute nouvelle Société de la Lyre du Vent d'Autan, la société de musique de St Félix depuis éteinte; ce tableau est actuellement conservé au Syndicat d'Initiative de St Félix (cf. "La musique et les lettres" D. de Séverac & P. Guillot).
Un mot quand même sur la musique de D. de Séverac : Il n'eut qu'un dogme, celui de ressourcer, non pas assujettir, la musique savante au riche folklore, occitan et surtout catalan (il vécut en Roussillon), à l'art populaire si diversifié, et à l'art méditerranéen du midi languedocien et roussillonnais. Il fut ému dès sa jeunesse par la fraîcheur et la beauté musicale de ces vieilles mélopées languedociennes que lui avait révélé et noté son vieux premier maître Louis Amiel comme des rythmes des sardanes catalanes (cf. introduction de "Ecrits sur la musique de Déodat de Séverac" P. Guillot, Mardaga Ed., Liège (Belg.), 1993).
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